Ihriae-Au fil de l'eau...

Ihriae-Au fil de l'eau...

PART. I - Chapitre 11

- Chapitre 11 -

 

XXIème siècle. 11 novembre.

« Vous croyez vraiment qu’il est ici ? » lui demanda Will.

Puis, après un court silence :

« Et si Carnaham avait menti », suggéra-t-il.

 

Elle sentit le poids de la tristesse dans sa voix. Il ne l’appelait plus par son prénom : Bradley.

 

Bradley Carnaham avait été l’un de ses collègues de travail, et un ami durant toutes les années qu’il avait passé à l'AMSEVE, l’Agence Mondiale de Surveillance des Environnements et de la Vie Extraterrestres. Les anglophones, comme Will, l’appelaient plutôt GSAEEL (Global Surveillance Agency of Environments and Extraterrestrial Life). Ensemble, ils avaient vécu quelques-unes des premières explorations en dehors de la voie lactée. Aujourd’hui, Will ne savait plus s’il devait accorder la même confiance qu’autrefois à son ami…

 

Et s’il leur avait effectivement menti ?

 

Elle chassa cette pensée de son esprit. Le drægan devait forcément se trouver dans ce bâtiment. Cela dit, Carnaham aurait pu leur garantir n’importe quoi pour en savoir plus sur la façon dont Will était revenus sur la Terre. Carnaham ne connaissait que le Contracteur Espace-Temps pour cela. Elle s’était abstenue de lui dire qu’ils avaient voyagé ensemble, et bien entendu qu’elle avait infiltré L’AMSEVE. D’autant qu’il ne semblait pas avoir fait le rapprochement entre elle et la « défunte » Marcie Watts.

 

Il avait effectivement le problème de la discrétion. Même retraité de l’AMSEVE, Carnaham n’avait sûrement pas manqué de faire son rapport à Doherty. À cette heure-ci, celui-ci devait même déjà savoir que Will était revenu sur la Terre. Peut-être avait-il déjà mis des équipes à la recherche de l’exoarchéologue. Peut-être même se doutait-il, d’après la description qu’en avait donnée Bradley Carnaham, que c’était leur jeune recrue disparue qui l’accompagnait. Tôt ou tard, les soldats de Doherty débarqueraient. Mieux valait ne plus être là lorsque ce serait le cas ;  

 

Que William et elle l’aient sauvé d’une mort assurée comptait-il vraiment aux yeux de Carnaham ? Ils s’étaient seulement trouvés au bon endroit au bon moment. Elle ne croyait pas tant que cela au hasard. Elle avait parfois la certitude que rien n’arrivait par hasard. Ils étaient arrivés chez Carnaham au moment où des mercenaires, a priori des russes ou des ukrainiens, allaient lui tomber dessus. Elle n’avait pas eu le temps de s’interroger sur leur véritable nationalité, ni s’ils comptaient assassiner Carnaham comme ils l’avaient fait avec ses gardes du corps, ou simplement l’enlever.

 

En lui sauvant la vie, elle avait considéré que Carnaham était en dette avec elle, et elle le lui avait fait savoir lorsqu’elle lui avait posé des questions concernant Baal. Il fallait croire que les mauvaises manières de Baal, en matière de négociation, déteignaient sur elle. Sur Will aussi, car il n’avait rien trouvé à redire à sa méthode d’interrogatoire. Néanmoins, ils n’étaient pas allés jusqu’à faire sauter la maison de Carnaham au tserarenium.

 

Sans doute mis en confiance par leurs intentions visiblement pacifiques à son égard,  l’explorateur avait bombardé Will de questions sur ce qu’il avait bien pu faire depuis qu’il avait « disparu », sur les endroits, les planètes qu’il avait pu visiter, et surtout ce qui l’avait conduit à s’associer à Baal. Le peu qu’il savait sur le personnage, rapporté par la dénommée Jor POnyl, n’en dressait pas un portrait particulièrement flatteur. La légende mythologique allait dans ce sens.

 

D’un autre côté, d’après ce qu’elle en savait par Will, et ce qu’elle avait elle-même pu constater, cette Jor POnyl n’était pas un exemple de sagesse.   Will n’avait pas cherché à éluder les questions, mais il s’était bien gardé d’en dire trop. Il aurait pu lui parler des planètes qu’ils avaient visitées, même s’ils n’avaient fait que passer quelques heures ou quelques minutes sur la plupart d’entre elles.

 

Leur plus long séjour, sur Purchniaïs, avait été de trois jours. C’était largement suffisant dans un monde où la seule couleur dominante était le beige et ses dégradés, et où l’air et la chaleur étaient suffocants. Le moindre effort physique était littéralement épuisant. La seule faune apparente semblait être des sortes de ratons laveurs. Une bonne chose qu’ils n’aient pas été carnivores car ils avaient tout de même la taille de grands fauves.

 

Bien entendu, Will n’avait pas évoqué la carte-mémoire, ni la tablette qui permettait de la lire et de faire la connexion avec tous les types de portails qu’ils avaient pu rencontrer afin de générer des passages. Will les conservait précieusement dans son sac à dos qu’il gardait constamment sur lui ou à portée de main.

 

La carte mémoire contenait toutes les adresses des portails qu’ils avaient franchis pour semer leurs éventuels poursuivants et revenir sur la Terre. Concrètement, elle activait un faisceau sur le côté de la tablette qu’il fallait aligner à la « serrure » d’un portail. Celle-ci pouvait se présenter sous la forme d’une « irrégularité » sur un mur de pierres, une arche, un menhir, un bas-relief. En général, ils n’avaient pas eu trop de difficulté à la trouver. Leur lieu d’arrivée était aussi celui du départ, comme dans une gare. Cela pouvait se trouver en plein désert, dans une forêt à la flore inconnue, dans ce qui pouvait s’apparenter aux ruines d’une ville ancienne...

 

À force de les rechercher à chacune de leurs correspondances, sur les différentes planètes par lesquelles ils étaient passés, ils avaient fini par les repérer rapidement. Sauf sur Purchniaïs où ils avaient mis quatre jours à balayer une suite de menhirs de différentes tailles. Il avait fallu recharger la tablette deux fois. S’il faisait très chaud sur cette planète, la luminosité et la chaleur de son soleil restaient faibles. Les batteries avaient mis près d’une journée à se recharger à chaque fois. Mais, Will ne voulait pas passer d’une planète à l’autre sans une bonne réserve d’énergie. Elle devait reconnaître que sa prudence était justifiée, même elle aurait préféré que leur voyage soit plus rapide.

 

Certains codes, programmés juste avant leur fuite du vaisseau de Baal étaient restés inopérants. D’après Will, les codes n’étaient pas à mettre en cause. Le problème ne pouvait venir que des portails, notamment ceux par lesquels les tunnels étaient supposés déboucher. D’après lui, soit ils avaient été endommagés, soit ils avaient été détruits. Par chance, le système semblait suffisamment fiable pour qu’ils ne se soient pas retrouvés dérivant dans l’espace sans protection physique, ou en chute libre au-dessus des nuages, ou encore à faire de la brasse coulée dans une fosse océanique.

 

Leur voyage de retour sur la Terre avait été long et éprouvant. Il avait duré plus d’un bon mois. Ils espéraient l’un et l’autre que leurs poursuivants soient très loin derrière eux sans aucune idée de la direction qu’ils avaient pu prendre. Esmelia n’avait cessé de s’inquiéter pour l’Ancien dieu qui avait fui, avec ses labirés par un autre chemin que le leur. Étrangement, les événements ne semblaient pas avoir de prise sur lui alors qu’il pouvait s’offusquer de petits détails bien moins importants.

 

Le drægan avait trouvé valorisant que la mise à prix de sa tête soit plus importante que celle de ses deux compagnons réunis. Personnellement, c’était un honneur dont Will et elle se passaient volontiers.

 

Il avait sûrement changé d’avis lorsque son vaisseau amiral avait été détruit par la chasseuse de primes Jor POnyl.

 

Ce n’était pas la première fois qu’il manquait de se faire tuer. Depuis qu’elle voyageait à ses côtés, elle avait vu la liste des ennemis de l’ancien dieu s’allonger de façon exponentielle.

— Will… Ceux qui nous ont pourchassés connaissent sûrement les différents passages qui nous ont permis de les fuir.

 

Will posa ses jumelles devant lui. Il prit une légère inspiration. Elle n’avait pas besoin d’en dire beaucoup plus. Il savait ce qu’elle voulait lui demander.

— À l’AMSEVE, nous ne maîtrisions pas les passages d’une planète à l’autre. On devait toujours revenir à notre point de départ. Il est possible que nos poursuivants soient obligés de faire pareil. Tout dépend de leur seuil technologique. À dire vrai, je n’en sais rien. Après tout ce que j’avais pu apprendre à leur sujet, j’ignorais que les drægans étaient capables d’utiliser des tunnels spatiaux. C’était... C’est un secret que nos collaborateurs extraterrestres ont gardé secret. A moins qu’eux-mêmes l’aient ignoré. Quant à nous, nous sommes probablement les deux premiers terriens à avoir voyagé à travers différentes galaxies. C’est certain... mon ancien collègue ne va pas être le seul à vouloir nous poser des questions.

— Peut-être que les drægans ne sont pas si nombreux à utiliser les portails, suggéra-t-elle. Peut-être est-ce réservé à une élite… Et Baal en fait sans doute partie. Ou bien, il est parvenu à mettre un système au point. Après tout, c’est un « scientifique »… qui touche à beaucoup de domaines.

— Il a aussi côtoyé de nombreux anciens dieux. Peut-être a-t-il obtenu son secret de l’un d’entre eux, ou bien l’a-t-il volé.

— Et ?

— Cela pourrait expliquer qu’il soit en délicatesse avec ses congénères, en déduisit Will. Il se peut effectivement que seuls quelques dieux très anciens possèdent, ou possédaient, cette technologie. Bref, nous ne pouvons pas exclure que d’autres drægans, peut-être même des membres de civilisations suffisamment avancées d’un point de vue technologique, connaissent cette technologie. Ils sont peut-être capables de nous suivre jusque sur la Terre.

— Il ne faut pas oublier les cartes. D’après leur support, cette espèce de toile qui semble résister à tout, notamment au feu, à l’eau... et aux parasites. Elles sont peut-être aussi anciennes que les Bouches, et probablement uniques. Ce que j’ignore, c’est si elles ont été créées pour être utilisées comme une sorte de plans des voies spatiales... ou si les voies ont été créées d’après leur plan.

— Cela a une importance ?

— Je l’ignore. Mais Baal tient à ces cartes. Il a dit qu’il m’étriperait si j’en perdais ne serais-ce qu’une seule.

— Il voulait juste vous effrayé, comme vous l’auriez fait avec un enfant.

— Je le crois suffisamment tordu pour mettre sa menace à exécution. 

— Lorsque nous le retrouverons, il pourra peut-être nous en dire plus sur le sujet.

 

Elle se souvint d’un vidéogramme que Baal lui avait fait archiver, et qu’elle n’avait pas pu s’empêcher de regarder. Cela montrait un sanctuaire, situé sur une planète dont elle ignorait le nom. Il y avait de nombreuses statues comme elle avait pu en voir sur la Terre à maintes reprises sur des sites archéologiques ou dans des musées. Toutes représentaient des dieux. Toutes avaient été détruites.

— On en profitera pour lui demander s’il n'était pas en délicatesse avec Lakhamou, Eris, Gaïa, Vili ou Anubis, au point de faire revenir l'un d'eux d’entre les morts pour se venger. Ils se sont tous opposés à Baal à un moment ou à un autre et ils sont tous morts. Pour autant que des dieux puissent l’être…

 

Il lui adressa un léger sourire avant de récupérer ses jumelles et de reprendre la surveillance des bâtiments.

— Si vous tenez à le lui demander… Mais à votre place, Will, j’attendrais un peu. Une fois sorti de sa prison, le diable risque d’être d’une humeur de chien. »

 

Esmelia fouilla dans le sac qu’il avait apporté et en sortit un sandwich qu’elle lui tendit. Il l’attaqua aussitôt à pleines dents. Elle en sortit un second pour elle.

« Il y a une autre possibilité, dit-il après un moment de silence. Peut-être nous méprenons-nous sur nos poursuivants… Nous pouvons déjà éliminer le CENKT. Aux dernières nouvelles, il n’y a personne chez eux qui pratique le voyage interstellaire. Si on émet l’hypothèse qu’il ne s’agit ni de drægans, ni de chasseurs de primes, ni de membres de la Tisseï Bacané, la Confédération des Oubliés… Peut-être que Baal fuit devant un tout autre ennemi … Peut-être qu’il n’en sait pas suffisamment sur cet ennemi pour l’attaquer de front

— Si c'est le cas, c'est son ennemi. Pas le nôtre. Alors pourquoi nous entraîne-t-il avec lui ?

 

Quelque chose dans l’hypothèse de Will la dérangeait. Elle ne lui semblait pas dénuée de sens, au contraire. C’était peut-être justement cela qui la dérangeait.

 

Il poursuivit :

— Peut-être parce que nous avons autant à le craindre que lui, ou qu’il a besoin de nous, ou les deux. En dehors des rumeurs qui courent à son sujet, je ne connais pas Baal que depuis quelques mois, mais j’ai remarqué au moins deux choses à son sujet : il ne fait rien sans en mesurer toutes les conséquences, et il ne s'encombre jamais d'un surplus de bagages.

— C'est nous le surplus de bagages ?

 

Will ne répondit pas directement à sa question.

— C’est ce qui m'intrigue le plus.

 

Elle ressentit comme une vibration lui traverser le corps. Ce n’était pas un frisson. C’était plutôt comme si l’un de ses organes s’était mis à ronronner. Ce n’était ni son cœur, ni ses poumons… Elle s’abstint néanmoins d’en parler à Will.

— Moi, tant que nous sommes en vie, cela me convient. Alors s'il veut jouer les baby-sitters galactiques...

— Que nous demandera-t-il en échange ?

— On l'aide déjà pas mal, non ? Vous l'avez soigné à plusieurs reprises, et aujourd'hui, nous essayons de le sortir de la prison dans laquelle il s'est fait enfermer. Donnant-donnant. Il nous protège, nous sauve la vie, et nous faisons la même chose pour lui. Tout le monde y trouve son compte, il me semble. »

Elle n’arriva pas, cependant, à éteindre la profonde appréhension qui grandissait en elle. Elle savait qu’elle irait jusqu’à lui étreindre les tripes et lui enserrer douloureusement le cœur avant de disparaître un temps. Les crises se faisaient de plus en plus nombreuses et rapides ces deux derniers jours. Il y avait tant d’autres données à prendre en compte, mais elle ne pouvait pas en parler à Will. Pas encore. Surtout pas après ce qui s’était passé quelques semaines plus tôt.

 

À ce moment-là, l’équipage du vaisseau, Baal, Will et elle n’avaient dû leur salut que grâce à un portique et à sa batterie au rentium que sa Seigneurie avait fini par acheter sur l’insistance de Will.

 

 

15 février.

Will leur avait expliqué que, d’après tous les textes qu’il avait lus sur le sujet, des batteries au rentium étaient nécessaires au fonctionnement des téléporteurs subspatiaux. Il y en avait justement un dans une des réserves du vaisseau, mais il était hors d’usage. Baal en avait convenu sans difficulté, à peine étonné des connaissances de Will sur le sujet ou de ce que son vaisseau pouvait avoir en réserve. Pourtant, il avait considéré que le rentium leur serait inutile avec un transporteur hors d’usage. Will avait affirmé qu’il savait exactement où en trouver un nouveau, et l’énergie pour le faire fonctionner. Baal avait d’abord affirmé qu’il ne pouvait pas y avoir de téléporteur sur le marché car ceux-ci étaient trop rares. Will lui en avait fait la description précise. Le propriétaire chez qui il l’avait vue ignorait totalement à quoi il servait, et surtout qu’il fonctionnait avec du rentium. Will, qui avait fait cette découverte la veille de leur rencontre au marché des esclaves, s’était bien gardé de l’expliquer au receleur.

 

Quatre jours après leur fuite du marché aux esclaves, Baal avait toujours l’histoire du marché aux esclaves en travers de la gorge et, en d’autres circonstances, il aurait refusé d’accéder à la demande de Will.

 

"Achetée" était un bien grand mot. Le téléporteur, qui ressemblait à un portique de sécurité, en plus archaïque, n’était pas resté longtemps sur le marché. S’il ne savait pas plus que le précédent propriétaire à quoi servait réellement cette étrange chose en forme de voute, faite dans un matériau très sombre et parcouru de veines d’un bleu fluorescent, le nouvel acquéreur, habituellement plus receleur de marchandises volées qu’honnête acquisiteur, avait au moins supposé qu’il devait servir à honorer les anciens dieux. Il avait surtout remarqué l’intérêt soudain que plusieurs personnes portaient à cet objet. En bon spéculateur, il s’était empressé de la remettre sur le marché à un prix nettement plus élevé.

 

Après avoir découvert que l’acheteur du portique était intéressé par du tserarenium, Baal lui avait proposé un échange. Il en fort justement avait tout un chargement dans son vaisseau dont il souhaitait se débarrasser depuis plusieurs mois. Il avait même songé, durant un temps, à le balancer dans l’espace. Will avait découvert à cette occasion que, dans cette partie de l’univers, il y avait des lois contre les pollueurs de l’espace. Des lois suffisamment dissuasives pour empêcher Baal de passer à l’acte. D’autant que personne ne savait comment pouvait se comporter le tserarenium cristallisé par le froid spatial, alors que dans son état naturel il était déjà relativement instable.  

 

À l’origine, le tserarenium était une sorte d’engrais naturel produit par des crumpies, des créatures qui ressemblaient en tous points à des acariens et qui avaient la taille de tricératops. Les habitants de la planète Dtarly se servaient des crumpies à la fois comme montures, animaux de travail et nourriture. Le tserarenium était le principal produit d’exportation de la planète. Il était suffisamment rare dans l’univers pour être vendu une fortune. À l’occasion, du fait de son instabilité lorsqu’il se trouvait confiné en milieu hermétique, il pouvait aussi être utilisé comme explosif. Par conséquent, toute exportation, vente et acquisition de tserarenium étaient soumises à des contrôles très stricts par les autorités de Dtarly.

 

Le receleur recherchait aussi des médicaments. Plus qu’une source énergétique, ou des armes, les médicaments ou certains de leurs composants étaient particulièrement recherchés au marché noir. Évidemment, l’homme réclamait une quantité dont la valeur était supérieure au prix du téléporteur et du rentium.

Baal avait refusé net. Le receleur aurait pu la proposer à un autre acquéreur mais il n'avait rien trouvé de mieux que de provoquer l'ancien dieu en menaçant de le dénoncer d’abord aux autorités de Dtarly pour trafic de tserarenium et, ensuite, à la Guilde des Chasseurs de Primes. Depuis l’affaire du Marché aux Esclaves, il n'était plus question de le supposer mort, du moins pas avant d’avoir touché la prime.

 

Avec son habituel sens de l'à-propos, Baal avait proposé une meilleure solution : jouer le téléporteur et le rentium au magians. S’il perdait, le receleur recevrait le double de sa demande. Dans le cas contraire, il n’aurait que ce que Baal déciderait de lui donner.

 

Le magians était un jeu basé sur la stratégie, le bluff, le mensonge et l’illusion. William et elle avaient assisté aux différentes parties. Will avait supposé, un moment, avoir saisi les principales règles du jeu. Il s'était vite rendu compte qu'il n’en était rien. Quant à elle n'avait pas cherché à comprendre les règles. Les règles étaient trop complexes pour un esprit humain. Si elle avait d’abord trouvé que la proposition du drægan était trop risquée, elle avait vite senti que l’ancien dieu était exactement dans son élément.

 

Il y avait eu deux longues parties. Chacun des deux adversaires en gagna une, puis une revanche plus ardue, du moins en apparence. Esmelia remarqua que l'ancien dieu phénicien s’amusait autant du jeu que de la manière dont il abusait les sens et l’intellect de son adversaire. Lorsqu’il en eut assez, au bout de quelques heures, il gagna toutes les cartes de valeur du jeu de son adversaire. En moins de dix minutes, il parvint à anéantir toutes les stratégies de ce dernier. Il ne lui restait plus qu'à prendre possession de ses biens. Beau joueur, il resta sur sa proposition initiale sans la diminuer. Le receleur convint qu’il s’en sortait plutôt bien. Même s’il le fit de mauvaise grâce.

 

L'échange avait eu lieu le lendemain matin.

 

À l'aube, accompagné de Will et de quelques labirés, Baal avait amené deux caisses de rentium et quatre de médicaments au dépôt clandestin du receleur plutôt qu’à sa boutique officielle.

 

Celui-ci avait été plus que surpris. Il ne s'attendait pas à être réveillé aux aurores alors que la partie s'était terminée tard dans la nuit, ou tôt le matin, selon le point de vue. En outre, il avait dû régler une autre affaire. Autre raison : il n'avait jamais donné l’adresse de son dépôt à son adversaire. Enfin, il ne pensait pas que l'ancien Chancelier Divin tiendrait sa parole en lui apportant exactement ce qu’il avait promis. D’une galaxie à l’autre, les drægans n'étaient pas connus pour respecter leurs engagements.

 

En revanche, le receleur n’avait eu aucun doute sur le fait que Baal viendrait prendre possession de sa marchandise. Immédiatement après la partie de magians et le départ de son adversaire, il avait réglé ce détail et lui avait ainsi réservé un accueil spécial. Mais l’arrivée matinale de l’Ancien dieu phénicien posait désormais un problème de timing. Et lorsqu’ on a encore la tête dans le brouillard après une trop courte nuit, il y a des tas de choses auxquelles on ne pense pas forcément. Comme prévenir de nouveaux acolytes prêts à payer une énorme somme pour la tête d'un dieu ressuscité. Bien malgré lui, il avait dû s’acquitter de sa dette auprès de l’ancien dieu.

 

Baal, et quelques labirés, accompagnés d’un William étonné de devoir être le témoin de cet échange parfaitement honnête, étaient donc repartis avec leurs acquisitions sans la moindre difficulté.

 

Mais Baal n'aimait pas qu'on lui tienne tête ou qu'on lui force la main. Ils avaient à peine quitté les abords de la ville qu'une gigantesque explosion avait fait trembler ses fondations, et, là où se trouvaient un entrepôt clandestin et un quartier malfamé, repaire de crapules en tous genres, ainsi qu’un bon quart de la ville, il ne restait désormais qu'un cratère béant.

 

À leur retour sur le vaisseau, Will et Baal avaient eu une discussion houleuse. L’archéologue avait été formé aux gestes de premiers secours, et il était prêt à retourner sur la planète en tant que secouriste pour soigner les éventuels blessés. Baal le lui avait formellement interdit et avait ordonné au capitaine de sa garde rapprochée, d'enfermer Will dans ses appartements. Le capitaine chargea quelques-uns de ses hommes de garder la porte des appartements de Will afin que celui-ci n’en sorte pas avant d'en recevoir l'autorisation de Baal en personne, ou de lui-même. Pour faire bonne mesure, l’ancien dieu avait interdit à quiconque de quitter le vaisseau. En fait, Will étant consigné dans ses appartements, cette interdiction ne concernait qu’elle car aucun des labirés ne serait sorti sans ordre de Baal.

 

Elle n'appréciait pas plus que Will les méthodes du drægan en matière de négociation. Elle regrettait qu’il n’en ait pas calculé les dommages collatéraux. Cette explosion avait dû faire nombreux blessés, et des morts. Elle ne pouvait pourtant lui donner tort quant à son refus de laisser Will repartir sur la planète. Si quelqu'un le reconnaissait, il risquait d'être accusé, au mieux, de complicité d’assassinat, et, au pire, d’assassinat à la place du vrai coupable, et ce serait la mort assurée. Qu'il ait sauvé des vies en soignant des blessés importerait peu sur une planète dont la seule loi en pratique était celle du plus fort.

Deux jours plus tard, les ordres de Baal étaient toujours appliqués à la lettre. Will tournait en rond dans ses quartiers comme un poisson rouge dans son bocal. Esmelia avait demandé sa libération à plusieurs reprises.

 

Lors de sa dernière tentative, décidée à ce que sa demande aboutisse, elle avait été trouver Baal sur la passerelle de commandement de son vaisseau. Depuis qu’ils avaient pris la fuite, il y passait le plus clair de son temps.

 

En la voyant arriver, décidée à en découdre avec leur dieu et maître, les deux labirés qui se tenaient aux côtés de celui-ci, sur la passerelle, s’étaient regardés, sceptiques, avant de se décider à prendre le large discrètement. Ils restèrent néanmoins assez prêts de leur maître pour intervenir en cas de besoin.

Le labiré qui se trouvait à la console de pilotage avec les navigateurs sentit que quelque chose se tramait dans son dos. Il se retourna et roula tellement des yeux qu’ils auraient pu quitter leurs orbites. Pour lui, c’était avant tout une femme qui venait de pénétrer dans un lieu uniquement autorisé aux hommes. Qui plus était, aux hommes compétents comme son maître et lui, et quelques autres officiers de navigation. Il y avait bien quelques femmes parmi les labirés, mais certainement pas sur la passerelle.

 

Elle avait foncé droit sur Baal et l’avait abordé sans s’occuper du protocole. Il ne le lui fit cependant pas remarquer. Imperturbable, il écouta ses arguments concernant la libération de Will. Elle s'aperçut trop tard qu'il n'avait pas totalement décoléré contre elle depuis le marché aux esclaves. Loin d’arranger les choses, elle les avait aggravées.

 

Très calme, il lui répondit dans ce qui aurait pu passer pour un sourire si ses yeux ne reflétaient pas le contraire.

— En général, je n'accepte les femmes civiles sur mon vaisseau que pour deux raisons : les tâches ménagères qu'il serait inconcevable de demander à mes soldats d'accomplir, et les distractions qu'elles peuvent me procurer. Soyez heureuse que je vous laisse choisir ce qui vous convient. Il se pourrait que je change d’avis.

 

Il fit une pause, la laissant croire un trop court instant qu’il en avait terminé, avant de poursuivre :

— Et soyez encore assurée d’une dernière chose : je n'accepterai ni de vous, une terrienne, ni d’aucune autre femelle quelle que soit son origine ou son espèce, qu’elle me dicte ma conduite. »

 

Il avait parlé d’une voix aussi dénuée d’émotion et aussi tranchante que la lame avec laquelle il avait coupé la tête de Susanoo. Elle avait alors considéré que le mieux était de se retirer pendant qu’il en était encore temps. N’étant pas au fait des us et coutumes locales, elle ne tenait pas à ce qu’il prenne l’un de ses prochains gestes pour une nouvelle provocation. Cela n’allait pas être facile de lui expliquer qu’il avait une mission, un rôle, à jouer dans les événements à venir. Plus encore : que l’avenir de l’univers reposait en partie sur ses épaules, dans sa capacité à fédérer les bonnes personnes et à les pousser à œuvrer pour une même cause.

 

Elle avait cligné des yeux, consciente du blanc qu’elle venait d’avoir.

De retour à la réalité, elle avait amorcé son retrait. D’un claquement de langue, il l’arrêta.

Dans le même temps, il lui attrapa le bras, sans précipitation, ni violence, et le serra fermement en l'obligeant à se rapprocher de lui.

Apparemment, on ne se retirait pas sans son aval, mieux valait faire amende honorable.

— Désolée, s’excusa-t-elle d’une petite voix.

Elle n’entendait pas se soumettre pour autant.

Ils s’étaient affrontés un instant du regard.

— Ceux qui ont essayé ne s’en sont jamais remis, lui murmura-t-il à l’oreille d’une voix étonnamment douce.

Puis, il l’avait autorisée à se retirer.

 

Encore aujourd’hui, elle se souvenait de son sourire cruel, et de ses yeux sombres à l’intérieur desquels brillait cette farouche volonté propre aux hommes de pouvoirs. Ils n’admettaient pas que l’on remette leurs actes en cause, surtout devant leurs subordonnés. Elle aurait dû le savoir. Toutefois, le jour suivant, Will était autorisé à quitter ses appartements. Il pouvait aller où il le souhaitait dans le vaisseau, sauf près des aires d’appontage. Il y en avait quatorze répartis sur les flancs du vaisseau. La principale se situait sous le ventre. Une armée de chasseurs et la frégate de l’ancien dieu y étaient stationnés. Chacune était accessible grâce à un réseau de couloirs ou par téléporteur intravéhiculaire. Ces derniers pouvaient transporter instantanément d’un lieu à un autre du vaisseau cinq à six personnes à la fois, ou environ huit cent kilos de marchandises à la fois.

 

Will n’avait pas l’autorisation de les utiliser. Il y avait sans doute aussi des endroits, dans le vaisseau, qu’il ne devait voir que si le maître des lieux le souhaitait... Des endroits auxquels seuls les téléporteurs pouvaient donner accès.

 

Lorsque Will avait demandé à l’un des labirés si ces sas pouvaient téléporter des êtres vivants ou des objets à l’extérieur du vaisseau, il n’avait pas eu l’air de comprendre. L’idée d’une téléportation hors du vaisseau au beau milieu de l’espace ne le tentant sans doute pas, le garde s’était contenté de rouler des yeux avec effroi. Comme il n’avait rien d’autre à faire, Will avait continué à fouiner dans le vaisseau et il avait fini par découvrir qu’un téléporteur différent des autres. Il se trouvait dans une grande cellule servant de collecteur de secours des déchets et des eaux usées.

 

Une fois plein, il était programmé pour se vidanger chaque fois que le vaisseau passait près d’un soleil. Les ordures étaient téléportées pour leur incinération. En règle générale, le recours à ce collecteur était rare. De plus, d’après le labiré chargé de l’entretien du vaisseau, plusieurs systèmes d’ouverture du sas ne fonctionnaient. Cependant, comparé aux nombreux autres problèmes d’avarie auxquels il devait faire face, le dysfonctionnement d’un collecteur d’ordures de secours ne représentait pas une priorité.

 

Will avait passé un bon moment à l’inspecter. Il en avait conclu que le  téléporteur n’était pas fait pour être exposé aux montées brutales de température à chaque utilisation. C’était très certainement à cause de cela qu’il était tombé en panne.

 

Elle avait douté du fait que le seul téléporteur du vaisseau serve uniquement à évacuer des déchets, mais elle s’était dit qu’elle résonnait en terrienne. Des extraterrestres comme les drægans pouvaient avoir une autre idée sur la question. Will s’était surtout demandé comment réparer le système de téléportation. Celui-ci lui semblait particulièrement élaboré. Il lui aurait fallu des pièces détachées. Il en avait un maintenant. Beaucoup moins perfectionné que celui qui se trouvait dans le collecteur, mais en parfait état de fonctionnement.

 

Will s’était demandé si Baal ne s’était joué de lui en se faisant prier pour acquérir le portail. Le chargement de tserarenium, à bord du vaisseau tendait à le confirmer. Baal avait sûrement su bien avant lui qu’un portique était sur le marché et qu’il pourrait fournir toutes les pièces de rechange nécessaires pour réparer le portique qui se trouvait dans son vaisseau. Will avait tenté à plusieurs reprises d’en parler au drægan, mais à chaque fois qu’ils le croisaient dans un couloir, celui-ci semblait toujours pressé, occupé et inquiet.

 

Baal ne leur avait pas adressé la parole durant quatre jours. Les labirés montraient des signes d’agitation et donnaient l'impression de se préparer à une attaque imminente. Will avait essayé de se renseigner auprès de l’un d’entre eux, mais ce dernier avait d’abord prétendu ne rien savoir. Puis, jugeant que l’information n’allait pas mettre le vaisseau ou ses occupants en péril, il avait fini par avouer que leur dieu et maître se préparait pour un voyage de quelques jours. Les labirés ne craignaient pas de rester seuls sur un vaisseau de guerre sans maître. Ils avaient reçu leurs ordres au cas où il ne rentrerait pas. Ce qui les inquiétait surtout, c’était de le savoir sans protection durant son voyage.

 

Il fallut une bonne semaine supplémentaire pour que Baal prenne à nouveau ses repas avec eux. Will et elle avaient patiemment attendu que le drægan se décide à leur faire part de ses projets. Mais celui-ci était resté silencieux. Il s’était contenté de l’observer, elle, longuement, sans prendre la peine de le cacher. Elle en avait d’abord été troublée, avant de faire mine de ne plus y accorder la moindre attention. Elle aurait quand même apprécié de connaître ses pensées.

 

Pour occuper les longues journées dans le vaisseau, après avoir fouillé tout ce qu’il avait pu dans le vaisseau, Will s’était trouvé une nouvelle occupation en traduisant des ouvrages qu’il avait découverts dans une petite pièce où personne ne semblait se rendre. Celle-ci pouvait passer pour une annexe de la bibliothèque d’Alexandrie tant les ouvrages qu’elle contenait paraissaient anciens, et en plus tellement exotiques. Esmelia, n’ayant reçu aucune interdiction d’utiliser les sas de transfert, recherchant tous les compartiments, toutes les salles, pièces, cabines ou cellules non répertoriées sur les plans affichés sur les murs de chaque couloir. Elle espérait y trouver des artefacts… un en particulier. Elle ignorait encore lequel. Elle ne le saurait qu’en le voyant. Encore une certitude dont elle ignorait l’origine.

 

Elle passait assez peu de temps avec son compagnon de voyage. Elle savait que viendrait le moment où ils seraient lassés de leurs activités du moment au sein du vaisseau. Ils appréciaient de se retrouver pour le déjeuner et en fin de journée, mais à force de vivre en milieu confiné, ils finiraient peut-être par se taper sur les nerfs. Le plus tard serait le mieux, décida-t-elle. D’autant que ce n’était pas un si grand vaisseau que cela, surtout comparé à la maquette d’un autre vaisseau, exposée dans les appartements privés de Baal.

 

Will avait calculé que celui-ci devait bien faire deux kilomètres de longueur environ, et quatre à cinq fois moins en largeur. Elle n’avait pas pu traduire le nom du vaisseau, mais Will l’avait fait pour elle : le Bucéphale. Elle trouvé la coïncidence plus que troublante, mais venant du dieu phénicien, cela ne pouvait pas en être une. Baal avait vécu au temps d’Alexandre le Grand. Il n’était encore qu’un enfant lorsque son père et ses frères aînés s’étaient opposés au conquérant aux côtés de Darius III.

 

Toujours d’après l’exoarchéologue, le texte qui accompagnait le nom mentionnait que le Bucéphale avait un double, identique en tous points, le Darwin.

Au cours d’un petit déjeuner, Baal leur confirma la raison. Pas plus qu’il n’indiqua où il souhaitait se rendre.

 

Will ne prit même pas la peine de jouer la surprise. Au contraire.

— Vous avez l’intention de faire sauter un autre de vos partenaires commerciaux, ou bien une autre ville ? lui avait-il demandé, sarcastique.

Le drægan ne broncha pas sou. S l’attaque. Il répondit même sur un ton presque badin en lui ordonnant de ne pas quitter ses appartements durant son absence.

 

Will avait protesté. Voyant qu’il n’arriverait à rien, il avait demandé à pouvoir au moins travailler, dans sa petite bibliothèque, sur les traductions des livres qu’il avait trouvés, comme il l’avait fait ces derniers jours. Baal avait paru quelque peu surpris, mais il était resté inflexible à la demande de l’archéologue.

Will avait protesté encore plus lorsque l’ancien dieu leur avait annoncé qu’Esmelia l’accompagnerait dans son voyage. Craignait-il qu’il la revende sur un autre marché aux esclaves ?

 

Bien sûr, Baal avait deviné son inquiétude. Il avait eu l’un de ces fameux sourires de vieux roublard.

— Ne vous inquiétez pas pour elle, je vous la ramènerai entière. Du moins si tout se passe bien.

 

Ce qui n’avait pas rassuré Will.

Cependant, elle n’avait pas ressenti d’intentions malhonnêtes de la part du drægan. Son instinct ne lui indiquait rien. Mais elle avait commencé à en douter lorsque, quelques heures plus tard, une labirée lui avait apporté ses tenues de voyage. Cela ne ressemblait en rien à des combinaisons spatiales pressurisées, ou quelque chose de plus classieux et humain. Les goûts des drægans en matière de vêtements étaient plus que minimalistes.

 

Elle avait fait savoir à la servante, une jeune femme timide, qu’elle ne porterait jamais une tenue qui avait encore moins de tissus que celle de la princesse Leïa réduite en esclavage par Jabba le Hutt. Encore moins si le but était de favoriser quelques tractations commerciales ou autres entre Baal et ses potentiels interlocuteurs. À supposer que ceux-ci soient sensibles aux charmes d’une terrienne humanoïde.

 

La servante n’avait absolument pas compris l’allusion, mais elle s’était tout de même empressée de la rapporter à Baal qui était venu en personne voir ce qu’il en était vraiment.

 

Il avait juste jeté un regard au vêtement, puis à elle,  et relevé un sourcil. Signe qu’il était dans de bonnes dispositions malgré tout.

 

Elle n’avait pas attendu qu’il ouvre la bouche pour lui expliquer qu’il était hors de question qu’elle porte un tel vêtement. Pour le convaincre, elle lui donna quelques bons arguments. Elle savait qu’elle aurait du mal à accepter un refus de sa part. Jamais de sa vie, elle n’avait accepté de porter une robe minimaliste, et ce n’était pas aujourd’hui qu’elle allait commencer. À se promener les seins à l’air sur une planète extraterrestre. Elle pouvait espérer plus de sobriété en tant que première terrienne à explorer l’espace et des planètes que dont on ne connaissait même pas l’existence dans sa galaxie. D’autant qu’il y avait peu de chances pour l’ancien dieu phénicien ait des envies de plages, de baignades et de bronzage.

 

Il n’avait pas cherché à la contredire. Mieux, il lui avait concédé le droit de choisir ses propres tenues avec l’aide de la servante qui, elle, n’en demandait pas tant. L’ancien dieu leur donna néanmoins quelques consignes qui n’allaient pas forcément dans le sens des goûts d’une terrienne. L’une d’entre elle, pour le moins étrange, était de rester dans les couleurs du dieu phénicien, voire dans le style.

 

Ils parvinrent à un consensus, et Esmelia eut le droit d’opter pour des tenues beaucoup plus sobres, en accord avec ses goûts personnels, à ceci près qu’elles étaient carrément plus proches de l’armure d’apparat.

 

Elle s'était abstenue de pérorer sur sa victoire et était restée en retrait sans qu’il le lui demande. Avec l’aide de la servante, elle avait même trouvé des tenues coordonnées à celles de son hôte. Certaines étaient assez sombres, d’autres étaient dans les tons automnaux. En repensant aux tenues qui lui avaient été initialement présentées, elle ne put s’empêcher de se demander comment une civilisation si orgueilleuse, si tapageuse, et si immature, avait pu survivre autant de temps.

 

Finalement, elle aurait pu être nue au milieu d’une foule, cela n’aurait pas porté atteinte à son amour propre. Dans la mesure où elle n’avait aucun souvenir de ce qui avait pu arriver entre l’instant où Baal avait plongé son vaisseau dans la singularité, comme l’appelaient Will et ses collègues de l’AMSEVE, et leur retour sous le feu des vaisseaux ennemis... Elle ne pouvait pas s’en souvenir car, L’Autre, la Créature en elle, avait pris le relais. Elle avait seulement mémorisé le fait que la singularité avait été provoquée par Baal. Il connaissait donc au moins une façon d’ouvrir des passages subspatiaux qui leur permettait de franchir des distances incommensurables en quelques secondes quelques minutes ou quelques heures au lieu de plusieurs dizaines de vies humaines. Il serait intéressent d’en savoir plus sur le sujet, mais il y avait peu de chance pour que l’ancien dieu le lui révèle de son plein gré.



29/08/2017
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser