Ihriae-Au fil de l'eau...

Ihriae-Au fil de l'eau...

PART. I - Chapitre 04

- Chapitre 04 -  

 

 

XXIème siècle. 11 février.

            Le Général Doherty se considérait comme un homme rationnel et d'un naturel patient. Néanmoins, depuis quelques temps, ce naturel avait tendance s'effacer au profit d'une inquiétude insidieuse.

            Cela n'avait rien à voir avec ses excès de nostalgie où il se remémorait ces moments passés sur cette petite île balayée par les vents et les odeurs de végétation humide, au large des côtes Ouest des États-Unis. C'était peu avant d'intégrer l'armée. Son père était militaire, ses deux frères aînés l'étaient aussi. Il ne pouvait échapper à son destin. Il n'en avait pas l'envie non plus.

          C'était toujours un bref souvenir, marqué par les sensations et les odeurs. Pourquoi cela l'avait-il marqué bien plus que les années qui avaient immédiatement suivi ? Les entraînements, les opérations militaires, les batailles, les marches de la hiérarchie et du pouvoir, toutes montées les unes après les autres, sans jamais céder quoi que ce soit à qui que ce soit avaient été son quotidien avant d'intégrer l'AMSEVE. Cela lui avait pris du temps. D’autres, plus jeunes que lui, plus ambitieux aussi, étaient parvenus aux plus hautes fonctions avant lui. Chaque citation, chaque décoration reçue était le résultat d'une succession d'épreuves, et son arrivée à Amundsen-Scott avait été l'aboutissement de toutes ses années de labeur et de privations.

            Il avait à peine posé les pieds sur le sol gelé du continent le plus froid du monde  terrestre qu'on lui avait savoir qu'il était promu au grade de colonel et qu'il ne travaillait plus pour L'Oncle Sam, mais pour l'ONU, ou du moins sa nouvelle instance : L'Agence Mondiale de Surveillance des Environnements et de la Vie Extraterrestres. Il s'était bien sûr demandé ce que cachait un tel nom, et en quoi l'ONU s'était senti concernée par un problème qui, aux dernières nouvelles, relevait soit de la NASA par son aspect scientifique, soit de la croyance populaire par son aspect folklorique. En bon militaire qu'il était, il ne posa aucune question et attendit que la réponse lui parvienne d'elle-même.

            Il avait passé les jours suivants à s’acclimater à son nouveau milieu. De son enfance turbulente à l'ombre d'une ferme du Montana et de ses vastes territoires, il avait gardé son amour du grand air et des grands espaces dépourvus de toute civilisation. Cela avait sûrement changé depuis, mais il n'était jamais revenu sur les terres de son enfance pour le vérifier. S'adapter au climat de l'Antarctique n'avait pas exigé un gros effort psychologique de sa part. Physiquement, par contre...

            L'air était coupant comme du verre. Il lui fallait faire des efforts pour respirer paisiblement, avec toujours cette impression douloureuse qu'on lui récurait les poumons et les voies respiratoires au papier de verre. La station d'Amundsen-Scott se trouvait à environ mille kilomètres de l'océan antarctique, et à deux mille neuf cent mètres d'altitude La température moyenne, à l'extérieur, était de moins cinquante degrés Celsius. Au Pôle, la température pouvait descendre jusqu'à moins quatre-vingt-neuf. La voir monter au-dessus de zéro degrés était de l'ordre du jamais vu, même si, depuis le début du vingt-et-unième siècle, elle s'en rapprochait dangereusement, atteignant des moins quinze à moins onze degrés Celsius. À l'époque, il avait eu la chance d'arriver en plein été, par un magnifique moins vingt-huit degrés. Inutile de préciser qu'avec une pareille température, on ne courait pas le cent mètres à poils...

            Encore que... Il le découvrit plus tard, après son déplacement à l'autre base : courir le plus vite possible, nu, entre les baraquements d'habitation jusqu'à celui où avait été installé un sauna de fortune, cela faisait partie des rares distractions des lieux. La course ne s'arrêtait généralement pas là. Une fois les corps bien chauffés, en pleine sudation, le jeu se poursuivait par une course jusqu'à une sorte d'appentis où se trouvait un bac d'eau vaguement tiède prêt à recycler.  Les téméraires s'y plongeaient entièrement durant quelques secondes avant de retourner au pas de course, soit au sauna pour les plus courageux désireux de remettre leur corps à l’épreuve ou de gagner un pari, soit dans la zone d'habitation pour les autres. Il n'était pas rare de voir un nudiste téméraire surgir dans la cuisine ou dans le salon, trop pressé de se remettre au chaud. On avait passé l'effet de surprise pour les uns comme pour les autres depuis longtemps.

            Heureusement pour eux, on était encore loin du froid absolu, ces 273, 15 degrés centigrades en dessous de zéro. Et jusqu'à ce jour, aucune perte humaine n'avait été à déplorer. Il tolérait ce genre d'amusement, tant qu'il n'y avait pas de mission proche à venir. Il y avait même participé, et y avait trouvé un certain plaisir. Celui de se sentir en vie, dans cet univers où rien ne semblait bouger depuis des milliers d’années. Même s’il savait que c’était faux.

            À sa descente d'avion, le froid s'était aussitôt attaqué à ses joues rasées de près et mal couvertes. Il avait récolté quelques petites engelures. Il n'avait pas été le seul. Les neuf autres militaires et six des sept scientifiques qui étaient descendus avec lui en avaient été pour leurs frais. Ils s'étaient extasiés durant une dizaine de minutes sur la blanche immensité qui s'étendait devant leurs yeux avant de se décider à rentrer  au pas de course. Près de huit cents mètres séparaient la piste atterrissage et le baraquement d’accueil. Un vent, chargé de particules neigeuses et le froid ambiant avaient suffi pour irriter des peaux non habituées à des températures polaires. Seul un des scientifiques avait prévu le coup et portait plusieurs couches de vêtements sur lui. Son visage était totalement couvert, et ses yeux étaient aussi protégés par d'épaisses lunettes.

            Plus tard, ce type, un anglais, au visage taillé à la serpe, aux pommettes hautes, aux lèvres très fines, à la peau pâle et aussi lisse que celle d'un bébé, et aux cheveux châtain foncé, raides et très courts, lui avait appris qu'il avait intérêt à se couvrir s'il ne voulait pas voir sa peau gercer et brunir en quelques minutes. En particulier les extrémités comme les doigts, les oreilles, le nez… et le reste du visage. Il aurait aussi intérêt à se laisser pousser la barbe. La superposition de plusieurs vêtements serait sûrement sa meilleure protection contre le froid, ainsi qu'une mobilité constante. Il faudrait aussi qu'il prenne ses dispositions pour ne pas avoir à se soulager à l'extérieur. Bien sûr, son corps finirait par s'habituer à ces conditions de vie difficiles, mais il ne devrait jamais oublier ces règles de bases en Antarctique. Pour autant qu'il s'en souvienne, celui-là n'avait jamais voulu participer aux courses au sauna.

            Il n'était pas resté longtemps à Amundsen-Scott. Trois semaines environ après son arrivée, non sans avoir passé toute une batterie de tests, il avait été transféré dans cette autre base située à deux cents kilomètres au sud-est d'Amundsen-Scott. Cette base qui ne portait aucun nom venait tout juste de sortir de la neige. Elle y était pourtant déjà quasiment ensevelie. Ce qu'il avait pu en apercevoir à son arrivée, n'était que la partie visible de l'iceberg. Une toute petite partie. Tout le reste de la base s’étendait sur plusieurs kilomètres en dessous de la glace.  Au sommet de l'iceberg, il y avait une tour d'une soixantaine de mètres de hauteur surmontée d'un dôme dont les baies vitrées permettaient de voir dans toutes les directions possibles. Au-dessus du dôme, et de ses trois étages, flottait le drapeau de l'ONU. Le premier étage du dôme était un réfectoire qui, à l’occasion des fêtes de Noël, se transformait en salle de réception. Au deuxième étage, étaient aménagés des bureaux destinés aux scientifiques résidents permanents de la base. Le dernier étage du dôme était réservé aux machines de mesures terrestres et spatiales. Cette pièce était la raison officielle de l'existence de la base. Officiellement, on y effectuait des relevés de température. On y surveillait aussi le degré de pureté de l'air, l'épaisseur de la couche d'ozone et la vitesse de la fonte des neiges et des glaciers qui entouraient le continent. Bien que vide de toute présence humaine, il se dégageait une impression de désordre, d’inextinguible fourbi. Il y avait des machines et ses instruments de toutes sortes partout. Les placards et les bureaux étaient encombrés de matériel, et surtout, il y avait ces kilomètres de câbles qui pendaient du sol au plafond. Et malgré cela, la pièce respirait la propreté. Pas un grain de poussière, pas la moindre miette de nourriture entre les touches des claviers d’ordinateur, aucune tasse à café vide au coin d’un bureau, ou encore la parfaite absence de traces de doigts sur les vitres, ou de graisse sur les câbles… Les hommes qui se succédaient à sa maintenance y veillaient.

            Avec le temps, le matériel s'était fait plus petit, plus complexe, et les câbles avaient presque tous disparus. De nouvelles machines étaient venues compléter l'équipement déjà présent, et le Général Doherty connaissait bien l'homme qui régnait désormais en ce domaine : le professeur Jaimini Latchoumaya, que tout le monde surnommait Jaimi. Il avait une petite quarantaine d'années, mais ne les paraissait guère. Cela faisait dix ans qu'il officiait à ce poste. Avant cela, il faisait partie de l'équipe d'exploration dirigée par Jenna Benedict. Il était l'un des rares scientifiques, en ce monde, à être allé sur le terrain. Et dire qu'avant cela, il avait toujours vécu en Inde. Le contraste entre l'Inde et l'Antarctique avait été difficile à surmonter. Néanmoins, il s'était battu pour y venir. Lorsque l'occasion s'était présentée, très récemment, Jaimi n'avait pas demandé à retourner dans son pays. Il considérait que son pays, c'était ici désormais, et que son travail était beaucoup trop important, et unique, pour être laissé à un autre.

            Normalement, dès qu’ils acceptaient de travailler sur le Projet, les scientifiques comme les militaires faisaient une croix sur leur famille et leur vie passée dans le « monde ordinaire. » Ils avaient peu d’espoir de les revoir un jour. C'était dans le contrat, écrit noir sur blanc. Ils finissaient tous par signer et se retiraient littéralement du monde. Chacun avait quitté des êtres chers, pères et mères, frères et sœurs, femmes et enfants, souvent amis et parfois amants. Ils l'avaient accepté en échange du seul et unique rêve qui leur semblait valoir la peine d'être vécu : la sauvegarde de l'humanité. Ils avaient accepté de devenir les gardiens silencieux de la planète, sans en attendre la moindre gloire. Savoir qu'ils formaient le dernier rempart contre une menace venue des entrailles de la Terre comme des profondeurs de l'espace était une motivation unique. Quelque chose qui donnait un véritable sens à leur vie. Officieusement, leur travail allait encore bien au-delà : ils devaient donner un avenir à l'humanité en découvrant une nouvelle Terre pour le cas où leur monde natal ne suffirait plus. Ils devaient élaborer les moyens de s'y rendre aussi rapidement que possible, et surtout de vérifier si cette nouvelle Terre était viable. Évidemment, certaines limites avaient tout de même été fixées.

            Il avait participé à l'élaboration de ces dernières. Il ne savait que trop bien ce qui se passerait si les humains devaient s'imposer sur une planète déjà habitée par une civilisation, évoluée ou non. L'Histoire en disait long sur le sujet. Ça commençait toujours par des perles et des miroirs, et cela finissait par des couvertures imprégnées d'une maladie quelconque contre laquelle un peuple entier n'était pas immunisé. Mais on n'était plus au temps de la conquête de l'Ouest. Il y avait une chance sur deux pour que, non seulement, les terriens soient les indiens, mais qu'en signalant leur existence, ils éveillent l'intérêt d'une civilisation conquérante. On n'était plus à l'échelle des peuples, mais à celle des civilisations. Évidemment, si une forme de vie était découverte sur l'une des planètes visitées, en tant que plus haute autorité de la base, il lui revenait de décider si celle-ci était intelligente. Si elle ne l'était pas, une autre décision lui incombait alors : cette vie pouvait-elle être compatible ou non avec la vie humaine ? Le problème était de définir l'intelligence. Pour cela, même s'il ne l'avouerait jamais, il s'appuierait sur Le Troisième Rapport des Sages.

            En fait, il s’agissait d'une série de rapports. Ils étaient apparus sur Internet il y avait quelques années. On les attribuait à cinq scientifiques de renom, mais aucun d’entre eux n'avait confirmé en être l'auteur. Sur le sujet, il en savait un peu plus long que le commun des mortels. Les scientifiques avaient bien eu ces conversations car elles avaient enregistrées par les services secrets américains. Elles auraient dû rester secrètes, mais un employé mécontent en avait fait des copies écrites et les avaient balancées sur Internet. Elles avaient été aussitôt effacées, mais elles étaient revenues aussi rapidement, et cela à plusieurs reprises. Il avait donc fallu créer un écran de fumée, et mettre en doute soit la crédibilité de leurs auteurs. Ce qui expliquait pourquoi aucun des scientifiques supposés avoir participé à cette conversation l'avait toujours nié, ou à défaut ne l'avait jamais confirmé. Du coup, les cinq Rapports des Sages avaient été qualifiés de canular bien ficelé.

            Si la loi de non-ingérence dans l'évolution d'une civilisation avait été inscrite dans le Code de l'espace, ce n'était pas parce que ses rédacteurs étaient de grands amateurs de Star Trek. En fait, s'il n'avait fallu compter que sur l'éthique, elle n'aurait certainement pas pesé bien lourd. Par contre, la crainte d’un virus alien contre lesquels les humains ne pourraient rien et celle d’une puissance militaire potentielle l'avaient emporté sur tout le reste. Cela n'excluait pas qu’ils pouvaient faire de très mauvaises rencontres au cours de l'une de leurs explorations. C’était déjà arrivé… Mais avec cette loi, ils en avaient au moins limité le risque. L'inverse était aussi vrai. Que se passerait-il si l'humanité se révélait être l'auteur de l'extinction d'une civilisation ? L'espèce humaine serait, selon lui, irrémédiablement considérée non seulement comme une espèce invasive, mais aussi fortement nuisible. La chasse à l'homme risquerait alors d'être ouverte. On pouvait rêver mieux pour les premiers pas de l’homme hors de son système solaire.

            Cela avait gentiment fait sourire certaines personnes qui imaginaient sûrement que l'espèce humaine était la seule à être civilisée. Ils n'en étaient qu'au début de leurs découvertes, et l'univers regorgeait de mondes habitables. Il en avait toujours eu la certitude. Aujourd'hui il en avait la preuve. C'était une lourde erreur de croire que les habitants de la Terre étaient les seuls capables de prouesses technologiques. Il y avait peu d’hommes ou de femmes à le savoir, mais son équipe était parvenue à mettre au point un vaisseau capable de supporter la pression des « tunnels » permettant les voyages supra-luminiques. Pas un énorme vaisseau, mais suffisamment grand pour emmener une vingtaine de personnes d'un coup. Il pouvait même encaisser une entrée et une sortie en haute atmosphère, sans doute pas beaucoup plus. Aucun essai n’avait encore été effectué.

            Un exploit unique en son genre, connu seulement de ses supérieurs hiérarchiques à l'ONU, d'une trentaine des deux cents personnes qui travaillaient à la base, et guère plus de dix personnes disséminées à travers le monde. Jusqu'alors, rien n'avait filtré sur la toile, ou ailleurs. Tous ceux qui travaillaient aujourd'hui sur le Projet "Black Paper", de près ou de loin, étaient pleinement conscients de son caractère confidentiel.

Apparemment, personne n'avait jugé utile de mettre le Général Jameson dans la confidence. Mais celui-ci devait se douter de quelque chose car il ne cessait de taper du pied pour savoir ce qui se passait à la base et quel projet y était mis en œuvre. Le Général Foster Doherty connaissait l'oiseau. Il était plus féroce qu'un pitbull lâché sur une proie, et il avait de bons appuis à Washington, mais tant que ce serait l'ONU qui tiendrait les rennes du projet, et tant que l'ATIDC les soutiendrait, ils n'avaient rien à craindre. Sauf si un nouvel incident devait survenir…

            Avant qu'il prenne la direction du projet, il y en avait eu un. C'était juste après que son équipe ait raccroché. Normalement, celle de Jenna aurait dû prendre le relais, mais l'un des membres de son équipe ne lui donnait pas satisfaction. De plus, elle trouvait que Jaimini Latchoumaya, l'exogéographe, manquait encore d'assurance. Mais elle ne souhaitait pas s'en séparer. Matthew Cutter, son second, un militaire chargé des communications, avait abondé dans son sens.

            Les équipes étaient toujours constituées de cinq personnes : deux militaires ayant un bagage scientifique, et de trois civils, tous scientifiques. Moins, cela ne semblait ni sérieux, ni suffisant pour une mission d'exploration. Plus, ce serait risquer la vie d'hommes et de femmes inutilement. Jenna devait donc trouver deux autres membres pour compléter son équipe, un linguiste et un physicien, ou s'ils ne trouvaient pas l'un des deux, un exobiologiste. Il leur faudrait aussi s’entraîner avant le début de leurs missions. Depuis le début du projet, il y avait toujours une seconde équipe prête à secourir la première en cas de pépin. Le Général alors en charge de la base, Thomas Jackson, venait tout juste de prendre la succession du Général Stephen Allbright, l'un des initiateurs de Black Paper. C'était un homme de terrain et on ne pouvait pas lui reprocher son manque d'expérience. Jugeant qu’elle était suffisamment compétente, il avait donc pris la décision d'envoyer cette seconde équipe.

            Au retour de leur première et très brève mission, ce ne fut pas cinq hommes en bonne santé qui furent ramenés à la base, mais cinq corps sans conscience. L'un d'entre eux avait pu survivre juste assez pour amorcer la procédure de retour à peine dix minutes après leur départ de la base. Que s'était-il passé ? Jusqu'à présent, les deux mondes qu'ils avaient visités ne recelaient aucune vie.

            Ce souvenir lui était pénible.

            Il se souvenait de Latone AC45, qui ressemblait à Mars, et d'Eos TD23 était plus ou moins la jumelle de Neptune. Que s’était-il donc passé sur Hécate TA36 ? Les corps des cinq hommes furent immédiatement mis en quarantaine. Le médecin légiste constata qu'ils portaient de nombreuses blessures dues à des lacérations et à des brûlures. L'un des cinq hommes avait eu la nuque brisée. Un autre avait eu la gorge tranchée…

De toute évidence, cette nouvelle planète était habitée par une vie agressive. Intelligente ou non, il ne fut en aucun cas question d'y retourner pour le vérifier. Elle fut classée dans la liste des planètes inamicales.   

            La mort des cinq hommes, des collègues, des amis pour tous ceux qui travaillaient sur le projet, fut un coup dur. Chacun était conscient des enjeux, en particuliers ceux qui se préparaient aux explorations. Ils savaient que chacune des cinq missions ouvrait à des risques : un banal accident comme une chute, un empoisonnement à cause de l'air ou de la morsure d'un animal, ou encore d'une plante toxique, la contamination par un virus, ou un parasite local. Tout pouvait arriver même avec leurs scaphandres parfaitement hermétiques. Enfin, la rencontre avec un autochtone et les difficultés qui pouvaient en découler étaient l'un des multiples risques à envisager. En soit, personne ne songeait à sa propre mort, et était prêt à tout accepter pour vivre son rêve, et sa vie comme il l'entendait. Mais la mort des autres, proches et amis, était insupportable. Sûrement plus dans cet endroit confiné, perdu au milieu d’une immensité immaculée et glacée.      

            Au-delà de la perte, c'est aussi la crainte et le doute qui avaient assailli les scientifiques comme les militaires. La crainte, c'était la rencontre d'une civilisation extraterrestre pas forcément plus évoluée, mais particulièrement belliqueuse. Le doute, si pour survivre, l’espèce humaine devait rester cachée, isolée du reste de l’univers… Le Général Thomas Jackson prit alors une autre décision : celle de déprogrammer les prochaines missions. Le temps qu'une nouvelle équipe soit prête. Le temps que de nouvelles procédures assurant la sécurité des équipes soient réfléchies et mises en place. Enfin, le temps que de nouvelles coordonnées vers un monde plus paisible soient programmées. Avant l’accident, un rover, un petit véhicule motorisé, chargé d'effectuer des relevés de température et de qualité de l'air, était envoyé en éclaireur au début de chaque mission. Les futures seraient désormais précédées par l'envoi d'un drone qui filmerait l'environnement et effectuerait des relevés plus précis avant de réintégrer son univers et sa base. L'appareil était plus véloce que le rover terrestre et, le cas échéant avait plus de chance d'échapper à une attaque lors de sa sortie du vortex.

            Il avait fallu un certain temps pour que la perte des explorateurs soit, non oubliée, mais assimilée par leurs compagnons. Mais la nouvelle mission d'exploration devait être mise en place. Le Projet demandait des résultats, rapidement. Sans quoi, il serait arrêté. Il en avait donné durant un temps, dans sa phase de préparation. Il y avait eu de nombreuses retombées technologiques indirectes. Mais dans sa phase d'exploration, le retour était nul. C'était ce qui avait provoqué la première colère des américains et la menace de sanctions radicales telles que la prise en main du Projet par la NASA, ou pire la NSA. Cela avait inquiété les autres parties prenantes du Projet : les russes, les chinois, les différents membres de l’Union Européenne et ceux du Commonwealth. L’ATIDC qui était montée au créneau avec sa discrétion légendaire. Ce n'était pas de vains mots.

              De toutes les revendications des américains, la seule qui leur fut accordée fut la démission du Général Jackson. Alors que tout le personnel de la base s'attendait à voir débarquer le Général Jameson pour prendre le poste vacant. Ce fut, lui, le Général Foster Doherty qui fut nommé à la tête du Projet. Sa nomination s'était faite sur la demande des dirigeants de l'ATIDC, avec l’appui de Jackson qui, par un jeu de chaise musicale politique était devenu son supérieur hiérarchique. Un pied de nez que certains, en haut lieu, y compris à l'ONU, ne goûtèrent pas du tout. Mais c’était ainsi ou bien l’ATIDC retirait ses billes du Projet. Personne ne le souhaitait, pour des raisons très diverses.

            Les gens de l'ATIDC n'étaient pas seulement des roublards. Avec leur armée d'avocats et de conseillers, leurs laboratoires scientifiques qui avaient donné naissance à une partie du matériel utilisé à la base, en particulier au CET, ils détenaient un sacré paquet de brevets. Même s’ils avaient fait don du CET "au monde", il y avait tous les à-côtés. Il ne fallait pas non plus oublier l’injection de fonds financiers incommensurables. Le don fait par le consortium expliquait, en partie, un partenariat et un protectorat aussi étroits.

             Le C.E.T. était l'origine même du Projet. Sans lui, rien. Il éprouvait des sentiments ambivalents pour cette machine. Pour ce qu'elle était, et parce qu'elle avait permis des avancées considérables en leur permettant une avance de trente à cinquante ans sur le calendrier du programme initial, elle portait vraiment bien son appellation de "Compresseur d'Espace-Temps".

            C'était un chercheur suisse, dans les années soixante-dix, passionné par l’œuvre du sculpteur français César qui lui avait trouvé ce nom. Avant, on l'appelait simplement "La Machine" ou "Le Projet Promethee". Il disait aussi que cela faisait  très science-fiction. Pourtant, cela n'allait pas très bien à cette grosse machine qui, de profil, ressemblait à un long cylindre en acier, auquel étaient raccordés des tubes et des fils de toutes sortes. De face comme de pile, ou d'avant comme d'arrière, on aurait dit une énorme turbine. Elle pesait plusieurs tonnes et occupait un sous-sol entier du complexe. Elle mobilisait aussi une trentaine de scientifiques.

            En plus de leur envoyer du nouveau matériel, l'ATIDC leur avait imposé deux individus pour compléter l'équipe de Jenna Benedict. "Individus" était le mot, car s'ils avaient une physiologie humaine, ils ne l'étaient ni l'un, ni l'autre. L'un aurait pu passer pour humain. C'était d'ailleurs ce qu'il avait fait durant des années.

            Pour l'autre, c'était beaucoup moins évident. En découvrant ce dernier, tous les membres du Projets n'en avaient pas cru leurs yeux. Il avait aussi dû assimiler le fait que ce que l’humanité espérait et craignait tout à la fois était déjà établi sur la Terre. Les extraterrestres vivaient parmi les humains. Ce n’était pas de la littérature ou du cinéma. Encore moins une série télé de science-fiction.

            Helen Redfield était venue en personne pour faire les présentations officielles. C'était la première fois qu'il la rencontrait. Il ne manqua pas de remarquer que, si elle approchait les soixante-dix printemps, la fille d'Etsuko Wong en faisait vingt de moins. Elle ne semblait pas être passée par la case chirurgie esthétique, mais les femmes qui possédaient une fortune comme la sienne avaient les moyens de faire appel aux services des meilleurs.

            De fait, les fines rides de son visage ne donnaient aucune indication sur son âge véritable. Elle avait le port altier, sportif. Par contre, contrairement à ce qu’annonçait son ascendance, elle n’avait rien d’asiatique. Plutôt grande et mince, une mâchoire bien découpée, un sourire doux, des yeux gris bleus, et des cheveux blonds, presque blancs, elle avait la force et la prestance de ceux qui étaient habitués à diriger leur monde depuis leur plus jeune âge. Plus qu’élevée, elle était née pour cela. Son esprit était aussi vif que chacun de ses mouvements. S’il n'avait pas été amoureux d’une autre femme, Helen Redfield l'aurait sans doute beaucoup attiré. Il semblait que cela soit réciproque, à moins que la séduction soit une seconde nature chez cette femme.

            Elle était accompagnée d'un homme à la carrure massive qui donnait néanmoins l'impression de se déplacer comme un chat. Il se nommait Solen Perry. Elle n'avait pas précisé son rôle dans l'entreprise, mais il n’était pas du genre à faire le ménage. Ou alors, il effectuait un certain type de ménage. L'homme devait avoir une quarantaine d'années. Brun, front bas et large, yeux bleus perçants, mâchoire carrée et barbe de trois jours. Alors qu'Helen Redfield portait une tenue plutôt décontractée, pull, pantalon treillis et bottes de neige, il avait choisi le costume, cravate et chemise blanche. Seuls, les après-skis, rouge cerise, juraient avec la tenue.

            Les présentations s'étaient déroulées en huis clos, dans son bureau. Celui-là même où il se trouvait en ce moment. Les seules personnes présentes, à part lui et Redfield, étaient le professeur Neil Doyle, qui travaillait déjà sur le projet depuis quelques mois, et Jenna Benedict. Helen Redfield avait été directe en annonçant que les deux nouveaux venus, Kilani-Stah-Etm et Jor POnyl, feraient partie de l'équipe de Jenna Benedict. Celle-ci avait ouvert la bouche pour protester, mais elle l'avait refermée aussitôt que Jor POnyl eut retiré le niqab vert d’eau qui la couvrait de la tête aux pieds. Comme lui, comme Neil Doyle, Jenna avait dû se demander à quoi elle avait affaire : une mutation génétique, une bête de foire... ou quelque chose d'autre dont ils n'osaient alors imaginer l'existence sur la Terre.

            Ils furent immédiatement frappés par sa peau gris-vert avec des reflets dorés et les cornes de mouflon qui ornaient le sommet de sa tête. Il y avait d'ailleurs un faux air de biquette dans son visage sans âge. Elle avait de grands yeux vert-bouteille sans pupille, sans iris, un nez court tendu vers l'avant, une bouche étroite et pulpeuse et des pommettes hautes. Son front bombé était recouvert d'une légère couche de corne qui disparaissait sous ses cheveux couleur turquoise. Ceux-ci étaient retenus en arrière. Apparemment, ils étaient d’une longueur peu commune. Elle mesurait toutefois près de deux mètres et était bâtie comme une nageuse olympique. En dehors de cela, elle paraissait parfaitement humanoïde.

           Kilani-Stah-Etm, excepté son nom, avait toute l'apparence d'un être humain. Il était à peu près de la taille de Jenna. Il avait des yeux bleus, extrêmement perçants, et affichait constamment un sourire ironique. Pourtant deux profondes rides d'anxiété barraient son front. Ses cheveux, blond foncé, étaient coiffés en bataille. D'un point de vue humain, il devait avoir une trentaine d'années.

            Jor POnyl avait affirmé appartenir au peuple des Dyones de la planète Mélé. Elle n'y avait jamais vécu et elle prétendait ignorer dans quelle galaxie elle se trouvait. Elle connaissait seulement ses origines. Elle s'était exprimée d'une voix basse et gutturale avec un fort accent qui ne cachait pas ses difficultés à parler une langue terrienne. Kilani-Stah-Etm était un satinien, natif de la planète Satine. Son espèce était assez similaire aux humains. Leur instinct et leurs sens étaient plus développés. Les satiniens ne se donnaient pourtant pas le nom d’êtres humains, mais Kilani semblait persuadé qu’il en était un, que les natifs de Satine et ceux de la Terre avaient des ancêtres communs, ainsi que des frères et sœurs au-delà de l’univers connu des satiniens.

            Deux espèces issues de la même souche… Neil n’avait pas accepté cette idée.

            — La théorie d’ancêtres venus des étoiles ne tient pas debout… Sauf pour ceux qui n’acceptent pas l’idée que nous ayons des ancêtres communs avec les singes !   

            Lui-même en avait douté lui aussi, pas pour les mêmes raisons, et il en doutait encore. Pour autant qu'il l'ait compris, il y avait peu de chances pour qu'une vie identique à celle de la Terre se reproduise quelque part dans l'Univers. Il avait lu quelques ouvrages sur le sujet et avait écouté les conversations des différents scientifiques de la base. Il devait forcément exister des différences, même infimes. Kilani-Stah-Etm les avait assurés que, sur sa planète, s’étaient développées de nombreuses formes de vie similaires à celles existant sur la Terre. Son peuple avait évolué jusqu'à un niveau technologique qui, sous certains aspects, était largement supérieur à celui de la Terre.

          Les connaissances acquises par les satiniens étaient sûrement moins techniques, plus instinctives que celles des humains, mais très avancées, notamment dans le domaine spatial.

             Il aurait eu beaucoup de questions à leur poser, mais il laissait ce soin aux scientifiques. Kilani et Jor leur ouvriraient de nouveaux horizons. Lui, il lirait les rapports, au calme, dans son bureau.

            Les seules questions qui lui semblaient vraiment importantes dans l’immédiat étaient : depuis quand étaient-ils sur la Terre ? Combien étaient-ils ? Pourquoi n’avait-il pas été mis au courant avant ?

            Il doutait que Redfield eut la réponse à cette dernière question.

            — Avez-vous déjà entendu parler du Fort, Général Doherty ? lui avait-elle alors demandé.

            Cette évocation lui avait arraché une grimace de dégoût.

            Comme si elle avait suivi ses pensées, la question de Redfield mentionnant le Fort lui avait donné un début de réponse qu’il n’aimait pas.

           L’existence des extraterrestres sur la Terre était probablement connue de quelques-uns. Tout avait sans doute été fait pour que cela reste secret. Par ailleurs, les témoignages de rencontres extraterrestres étaient nombreux depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, mais jamais pris au sérieux… Elles appartenaient aux mythes modernes.

            Il s’était soudain rendu compte qu’Helen Redfield attendait une réponse de sa part. Jenna et Neil l’observait comme s’il était lui-même un extraterrestre. Ils n’avaient probablement jamais entendu parler du Fort. Ce n’était pas le genre de mention que l’on glissait facilement dans une conversation. Lui-même n’en avait entendu parler que deux ou trois fois avant que le Général Jackson lui donne plus d’informations sur le sujet.

            — Le Fort est l’endroit où l’armée, les services secrets, et mêmes d’autres institutions américaines, cachent ce dont le commun des mortels ne doit pas avoir connaissance, commença-t-il à expliquer. J’ignore depuis combien de temps il existe exactement, mais il a une cinquantaine d’années, au moins.

Il marqua une pause, le temps de se remémorer ce qui lui avait raconté Thomas Jackson.

            — C’est aussi la base de la division CENKT Watchdogs… dirigée par le Général Jameson.

           Jenna et Neil échangèrent un regard. Ils n’avaient jamais eu directement affaire à Jameson, mais sa réputation parlait pour lui. L’un et l’autre savaient qu’il cherchait à prendre le commandement de l’AMSEVE. Il ne s’en cachait plus depuis quelques temps.

          En ce qui le concernait, il avait toujours su que Jameson ne cherchait pas à réorienter sa carrière. Au contraire. Á la lumière de ces nouvelles informations, il se doutait que Jameson devait y voir le moyen d’élargir les missions du CENKT.

            Helen Redfield avait eu un sourire ironique. Elle avait suivi ses pensées. Mais ce fut Solen Perry, resté jusqu’alors en retrait, qui prit la parole :

            — En fait, Le Fort a plus de cinquante ans, commença-t-il.

            Tous les regards s’étaient tournés vers lui :

           — CENKT signifie : Catch extraterrestrial elements. Neutralize or kill them. Le nom a évolué en fonction des périodes ou des pays. Dernièrement, il a même perdu une lettre, mais l’idée reste la même : Attraper les extraterrestres, les neutraliser et / ou les tuer. Et c'est ce que faisaient ses membres apparemment, même si nous n'en avons aucune preuve. Peut-être s'agissait-il bien d'extraterrestre, effectivement. Certains sont sur la Terre aujourd'hui, alors pourquoi pas il y a cent ans ou plus... Ou alors, tout ce qui n'entrait pas dans la norme était considéré comme étranger, alien... À l'origine, il s'agissait d'une organisation secrète datant du huitième siècle après Jésus-Christ. Peut-être est-elle plus ancienne, nous l’ignorons encore, car rien jusqu’ici n’a pu le prouver. Elle était basée sur le vieux continent, de manière itinérante jusqu’à la fin du dix-huitième siècle. Ensuite, on retrouve sa trace, et celle du Fort à Londres jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, période à laquelle le CENKT aurait été dissout. On ignore ce que sont devenus le Fort et son contenu. Le bruit a couru que nombre d’objets ont été détruits, ou démantelés et envoyés aux quatre coins du monde, donnés à des Musées ou à des fondations.

            — C’est possible ça ? avait demandé Neil sur un ton railleur.

            Solen Perry l’avait regardé droit dans les yeux. L’option humour ne devait pas faire partie du personnage. 

            — Vous laisseriez un objet dont vous ignorez l’origine ou la provenance, ainsi que l’usage réel, entre les mains de parfaits inconnus ? Surtout si cet objet ne ressemble à rien de ce que vous connaissez et qu’il semble clairement venir d’un autre monde, ou d’une civilisation inconnue ? 

            Le chercheur avait haussé les épaules.

            — Ce n’est pas vraiment mon domaine, mais évidemment que non, avait-il cru bon de répondre.

          — Ils ne savaient peut-être pas à quoi ils avaient affaire à l’époque, avait suggéré Jenna. Le monde sortait d’une guerre… d’une nouvelle forme de guerre… et d’une épidémie... 

            Sans se départir de son sérieux, Perry poursuivit :

           — Aucun musée, aucune fondation n’a reçu quoi que ce soit, d’inconnu ou d’inexplicable, en provenance d’Angleterre dans les années qui ont suivi la guerre.

            Il avait posé un dossier sur le bureau du général qui lui faisait face, écoutant sans montrer la moindre émotion. Sur la couverture du dossier était écrit en grosses lettres noires : CENKT Watchdogs.

            — À la fin des années cinquante, poursuivit-il, une division a été créée, au sein de l'armée américaine, pour gérer les mêmes problèmes. On lui a donné le même nom. Le terme Watchdogs a été ajouté lorsque Jameson en a pris la direction, dans les années quatre-vingt-dix. Les missions du CENKT sont sans équivoque.

            — Évidemment, avait conclu Neil, sur un ton sec. Pourquoi garder la preuve vivante de ce que l’on nous cache depuis des décennies ?

            Difficile de dire si sa soudaine mauvaise humeur était due au manque de souplesse de Perry ou à ce qu’il venait d’apprendre sur le CENKT. 

          Les deux extraterrestres, Jor POnyl et Kilani-Stah-Etm, avaient été poursuivis par le CENKT, mais l'une des équipes d'intervention de l'ATIDC était parvenue à mettre la main sur eux avant, et les avaient cachés. Helen Redfield avait jugé qu'ils seraient plus en sécurité à l'AMSEVE.

            En même temps, elle avait dû voir en eux des aides précieuses pour les chercheurs de l’ATIDC. Aujourd’hui, c’était lui qui avait besoin de résultats. Ses supérieurs à l'ONU aussi. Il tenait au projet plus que tout. Pour le poursuivre, il ne devait pas perdre sa direction. Alors, quoi qu'en dise Jenna, si les deux extraterrestres devaient faire partie de l'équipe, alors il ne s’y opposerait pas.

           Leur coopération avait été avantageuse. Kilani et Jor avaient une bonne connaissance de certaines zones de l'univers. Grâce à eux, de nouvelles coordonnées de "planètes viables" avaient été découvertes. L’AMSEVE avait maintenant une liste de planètes à visiter. Beaucoup d’entre elles recélaient de la vie sous diverses formes. Trois étaient habitées par des civilisations intelligentes. Parmi celles-ci, deux d’entre elles possédaient un degré technologique important.

            La planète de Kilani, Satine, ne figurait pas parmi elles. L’extraterrestre n'était pas du genre bavard. Il n’avait jamais évoqué son passé avec quiconque. Mais quelque chose avait dû se passer sur Satine… Quelque chose qui l’avait obligé à la quitter.

            Jor ne leur avait pas plus que Kilani indiqué les coordonnées de sa planète. Sa venue sur la Terre relevait d'un accident de parcours. Kilani, lui, avait voyagé avec d'autres extraterrestres, ou plutôt dérivé, avec eux, durant des mois, en direction de la Terre. L'équipe de Jenna avait achevé son cycle de missions en visitant l'une des planètes, Olympia AJ 25. Ils y avaient rencontré un individu pour le moins étrange et contre lequel Jor POnyl s'était battue avec acharnement. Á tel point que l’une de ses cornes s’était fendue en deux et avait été brisée à son extrémité. Outre cela, elle avait eu plusieurs côtes cassées, de même que son nez et un poignet. D’autres blessures physiques témoignaient de la violence du combat. Mais elle s’en sortait mieux que son ennemi. Elle l'avait quasiment laissé pour mort.

            D'après Jenna, cela relevait plus que d’une simple altercation. Si elle n'avait pas été stoppée par ses compagnons, Jor l'aurait tué. Elle était même entrée dans une colère sans nom lorsqu'ils avaient décidé de le ramener sur la Terre. Dès lors, elle avait refusé de leur adresser la parole par la suite. Elle semblait même en vouloir particulièrement à Jaimini Latchoumaya qui avait particulièrement insisté pour soigner le nedeleg. Sitôt sa dernière mission validée, Jor décide de quitter l’AMSEVE en utilisant le CET. Au passage, elle vole des coordonnées et des objets rapportés au cours des différentes expéditions, et en détruit d’autres.

            Était-ce sa vengeance envers eux parce qu'ils avaient ramené l'extraterrestre qu’elle avait voulu tuer sur la Terre ? Qu'y avait-il eu entre lui et Jor ? Jaimi avait jugé les pertes dues au vol de Jor assez importantes. Elles auraient représenté plusieurs années de recherches. Il faisait confiance à l’exogéographe. Le lendemain, Kilani qui, dans un premier temps, avait décidé de rester à l’AMSEVE et de prêter assistance à la nouvelle équipe, les informait qu’il partait à la recherche de Jor POnyl et qu’il la ramènerait à l’AMSEVE. S’il n’y parvenait pas, il essaierait au moins de la convaincre de rendre tout ce qu’elle leur avait volé.

            Doherty en avait informé le Général Jackson et Helen Redfield. Jackson avait minimisé l’acte de Jor. Après tout, les informations n’avaient pas été exploitées. À peine avaient-elles été répertoriées. Il ne leur serait pas difficile de les reconstituer à partir des données qu’ils possédaient encore. Le Général Thomas Jackson reconnaissait, cependant, que pour les artefacts volés, l’affaire était plus préoccupante. Quant à Redfield, en réponse, elle leur avait envoyé une autre extraterrestre, elle aussi, d’apparence humaine, une jeune fille nommée Castil Tenso'Me. 

            Elle semblait très jeune. On ne lui aurait pas donné plus d’une vingtaine d’années. En réalité, son métabolisme était plus lent que celui d’un être humain.  Elle vieillissait donc plus lentement. Elle avait le double de l’âge qui lui avait été donné au premier abord.  Elle n’était pas très grande, et semblait chétive. Mais il ne fallait pas se fier à son physique. Sur un tatami, elle avait su prouver qu’elle était capable de mettre un poids lourds au tapis. Elle avait de longs cheveux noirs qui faisaient ressortir ses yeux bruns, bridés, et sa peau délicate. Elle avait un teint doré qui brunissait facilement au soleil. Son sourire était empreint de douceur et chacun de ses mouvements étaient fluides, gracieux. Sa seule présence dans une pièce aimantait les regards.

            Castil Tenso'Me avait expliqué être une nordhale, de la civilisation wiccan. Elle n'était pas encore née lorsque sa planète et quasiment la totalité de ses habitants avaient été anéanties par ceux qu’elle surnommait, dans une traduction terrienne approximative, les Laminoires. Lorsqu’ils se sont enfuis, ses parents, cartographes, ont utilisé une très ancienne carte. Sans trop y croire, ils espéraient qu’elle les conduirait vers une planète mythique. Elle les a ainsi conduits jusqu'à la Terre. Sa famille est l’une des rares à être parvenues à fuir l’ennemi sur un vaisseau de fortune. Fortement ébranlé par son envol hors de l’attraction de sa planète d’origine, il n’a pas résisté à son entrée dans l’atmosphère terrestre. La naissance de Castil avait été provoquée pendant le voyage. Se sachant condamnés, ses parents l’avaient déposée dans une sorte de caisson ultra protégé avec une bayarga, une intelligence artificielle en forme d’œuf translucide, sorte de sage-femme et de nourrice, dévouée aux enfants des couples de haute naissance. C’était ce qui les avait sauvées toutes les deux du crash de leur vaisseau.

            Sa bayarga avait dû s’adapter tant bien que mal à ce monde qui lui était inconnu. Cela n’avait pas été trop difficile. Le vaisseau s’étant crashé en plein désert du Sahara, la bayarga l’avait survolé durant des jours. Elle avait fini par s’arrêter dans une oasis déserte, à peine suffisante pour les faire vivre. Mais à force de volonté et d’ingéniosité, et avec sans doute un peu de chance, elle avait réussi à en faire un lieu où il leur était possible de vivre quelques temps. Elle avait élevé Castil et lui avait parlé de ses origines, de sa culture, de sa religion, de ses parents...

            Comme Kilani avant elle, et Jor, il était arrivé un moment où elles avaient aussi été pourchassées, malgré toutes les précautions qu'elles avaient pu prendre pour se cacher des autochtones. Castil n’avait pas voulu s’étendre sur cette période. Un humain, nommé Max Ryan les avait sauvées et mises en sécurité avec l’aide de l’ATIDC.

            Lorsqu’Helen Redfield lui avait proposé de se joindre aux membres du Projet "Black Paper", elle avait vu, selon ses propres mots, l'occasion de découvrir l'univers, comme l'avait fait ses parents, et de comprendre ce qui avait détruit leur monde.

            Elle avait passé beaucoup de temps, avec Jaimi, à répertorier tout ce JOr avait emporté et à essayer d'en appréhender la portée. Une partie de ces objets concernait d'anciennes légendes. Elles faisaient référence à la fin des mondes, et aux "Nautes stellaires". Castil leur expliqua par la suite que ce nom était l’un des innombrables donnés à une mystérieuse civilisation que personne n’avait jamais vue mais que les Wiccans comme de nombreuses autres civilisations à travers l’espace craignaient. Parmi les noms qu’on leur donnait : Laminoires, Epinceurs, Chasse-nuits, ou encore Rétameurs.

            Ce n'était pas la première fois qu'il entendait parler des "Chasse-nuits". Jor POnyl les avait déjà évoqués comme n’étant rien de plus qu'une légende. Elle ne les voyait pas comme des créatures nocives. Au contraire, ils étaient le symbole du renouveau. Kilani n’avait rien dit sur le sujet, mais quelque chose dans son expression lui avait suggéré qu’il ne partageait pas l’opinion de Jor... Il aurait alors bien souhaité en savoir plus. Mais, depuis quelques temps, il était impossible d’entrer en contact avec lui. Ses anciens coéquipiers n'avaient pas cachés leur inquiétude. Et malgré ses actes répréhensibles, ils étaient aussi inquiets pour Jor.

            Peu après son arrivée à la base, Castil avait demandé à voir l'extraterrestre qu'ils avaient ramené lors de la dernière mission. Un seul regard sur cette créature lui avait suffi pour comprendre la réaction qu’avait eue Jor POnyl. L'inconnu était un nedeleg. La jeune extraterrestre leur expliqua que les nedelegs étaient aussi appelés Hommes-loups et que son peuple était du genre infréquentable. Ils se déplaçaient généralement en meute, de planète en planète, dans de gigantesques vaisseaux-vie. Ils s’installaient sur un territoire durant quelques semaines et pillaient, violaient et torturaient tout ce qui se trouvait à leur portée. Elle ignorait si les nedelegs se transformaient véritablement en loups. Tout ce qu’elle connaissait d’eux, c’était ce que sa bayarga lui avait raconté. Outre le sacrifice rituel, ils pratiquaient aussi la scarification et le piercing, et leur corps était entièrement tatoué de leurs faits de guerre.

            Celui qu’ils avaient recueilli avait de nombreux tatouages dont les significations étaient obscures. Il avait peu de cicatrices rituelles, mais des piercings en abondance. Il n’était pas de première jeunesse quoiqu’il fût difficile de lui donner un âge. Le fait qu'il avait été découvert seul – s'il y avait eu d'autres nedelegs, ils seraient venus à son secours, et ni les terriens, ni le satinien et encore moins la dyone ne s'en seraient sortis vivants – ajoutait au mystère de cet extraterrestre. La nordhale n'avait pas manqué d'ajouter que contrairement aux apparences, il était parfaitement éveillé. Il lui avait suffi de quelques mots, quasiment crachés, dans une langue inconnue des terriens et plutôt désagréable à leurs oreilles, pour que le nedelegs ouvre les yeux. Et quels yeux : sombres comme la nuit la plus obscure.  

            Celui-ci ressemblait presque à un humain. Il mesurait deux mètres vingt. Sa peau tannée semblait couverte d'écailles couleur chair, sauf que cela n'en était pas. Il s'agissait plutôt d'une sorte de relief régulier. Il fallait bien regarder pour le remarquer. Son buste était court et musclé. Il avait de larges épaules, et de longs membres. Ses mains comme ses pieds étaient très larges et longs. Au moins le double de ceux d'un être humain. Sa tête était aussi un peu plus grosse et avait une forme de triangle allongé pointant vers le bas. Son front, sous une longue chevelure brune, était large et haut. Chacun de ses cheveux avait l'épaisseur d'un crin. Son nez était fin et long. Ses pommettes hautes contrastaient avec ses joues creuses. Sa bouche était fine et bien dessinée. Il y avait une série de marques roses ressemblant à des cercles enchâssés au-dessus de chaque arcade sourcilière. Ses yeux, profondément enfoncés dans leurs orbites, étaient sombres. Ce qui avait néanmoins stupéfié l'un des médecins chargés de le soigner, c'était ses dents, ou plus exactement ses crocs, fort développés. Il en possédait deux rangées, en haut comme en bas. Celles du haut étaient rétractiles à la manière des griffes de chat. De toute évidence, l'extraterrestre n'était pas du genre à manger des légumes.

            Il avait été placé sous haute surveillance, et ses déplacements avaient été limités. Non seulement, il ne passerait pas inaperçu au sein des non-initiés, mais en plus, il ne tenait pas à tenter le diable. En l’occurrence, un carnivore avec de la viande fraîche. Pourtant, pas un seul instant, l'être qui leur avait dit s'appeler Earlin Xiphonto n'avait cherché à boulotter quelqu'un, ou quelque chose de vivant, comme les chiens de la base ou quelques-unes des bestioles du labo, ni même à prendre la fuite. Il évitait même de se montrer menaçant envers ses nouveaux compagnons, et passait la plupart de ses journées à regarder la télévision ou à lire.

            Comme tous les scientifiques, il avait supposé que l'extraterrestre faisait semblant de lire ou de comprendre ce qu'il voyait jusqu'au jour où il s'était mis à parler un mélange d'anglais, de français, d'espagnol, de japonais et de quelques autres langues. Passé l'effet de surprise, il avait fallu faire une révision générale de ses nouvelles connaissances et lui expliquer certains concepts qui, malgré ses efforts, lui étaient alors restés abstraits.

            Une nouvelle équipe avait débuté les entraînements. Elle était déjà constituée de Bradley Carnaham, pilote et astronaute américain et de Neil Doyle, un spécialiste de la génétique avant d'intégrer l'AMSEVE. Il dirigeait l'un des plus grands laboratoires du Canada.

            Le troisième membre, Will MacAsgaill était un historien, et exoarchéologue. Pas particulièrement une pointure dans son domaine, mais il avait quelque chose en plus de ses confrères : Il avait un diplôme de secouriste, avait suivi une formation en médecine d’urgence. De plus, il pratiquait la spéléo-plongée. Cela avait déterminé son choix parmi une trentaine de postulants. Castil avait demandé à être intégrée à l'équipe. Requête qu'en tant que Général, il avait refusée dans un premier temps, mais face à son insistance, il avait fini par accepter. Surtout depuis qu'il avait découvert qu'elle n'était pas pour rien dans la décision de Jaimi de rester en Antarctique. Apparemment, il avait été le dernier à savoir que les deux jeunes gens avaient lié plus qu'une amitié.

            L'équipe d'exploration dirigée par Bradley Carnaham n'était pas encore complète qu'une autre était déjà sur les rangs. Au sein de celle-ci, il y avait la belle fille de Jenna, Rubbie-Pepper Calhoun. Jenna s'était remariée cinq ans après leur divorce. Ils étaient néanmoins restés en très bons termes. C'était le mieux qu'ils pouvaient faire pour leur fils, Henry, et pour toutes ces années de bonheur et d'harmonie qu'ils avaient passé ensemble. Depuis son second mariage, Jenna avait eu une fille, Cleo.  

            Savoir Rubbie dans la nouvelle équipe ne le réjouissait pas particulièrement à cause des dangers qu'elle pouvait rencontrer. S'il lui arrivait quelque chose, Jenna ne le lui pardonnerait jamais.

            Depuis son arrivée à l'AMSEVE, il n'avait jamais connu de problèmes ni avec ses équipes, ni au cours des missions, et encore moins à la base, exception faite de ceux causés par Jor POnyl. Des broutilles.

            Dans le but de retrouver Jor POnyl, et Kilani, il avait accepté l'intégration d'Earlin dans l'équipe de Carnaham, sans trop y croire... Comme Castil, Bradley avait littéralement assiégé son bureau et ses appartements privés pour faire partie de l'équipe. Plus que pour Castil, la décision ne fut pas facile à prendre. Avec un individu comme Earlin Xiphonto, tout pouvait arriver. Néanmoins, Castil lui avait assuré que les nedelegs étaient dangereux, sans aucun doute, et tout autant fidèles à leurs amis. L'extraterrestre avait lié une très forte amitié avec Neil Doyle qu'il lâchait rarement d'une semelle. Celui-ci devait parfois faire preuve de patience avec lui. Cette amitié semblait sincère. Doherty y avait mis une condition de taille : au moindre faux pas, il se ferait un plaisir de remettre personnellement Earlin Xiphonto au CENKT.

            Bien entendu, il ne l’aurait jamais fait. Qu’aurait-il fait d’autre ? Il ne le savait pas. De toutes les façons, les problèmes n'étaient d'ailleurs pas venus d’Earlin mais de Will MacAsgaill. Ce qui s'était passé avec lui avait changé la situation.

            L'AMSEVE avait passé sous silence le vol d'objets, de documents et de coordonnées volées par Jor, ou encore le fait que des extraterrestres soient intégrés à ses équipes d'exploration. En dehors, de ses collaborateurs directs, du Général Jackson et d’Helen Redfield, personne d’autre n’en avait été informé au sein de l’ONU. La défection de MacAsgaill aurait dû, elle aussi, rester secrète. Ça, on pouvait dire que cela avait fait du foin, et il s'était ramassé sa volée de bois vert. Une fois encore, il avait fallu tempérer.

            Il ignorait comment il avait survécu au séisme. Les talents du nouveau conseiller en communication de la base n'y était sans doute pas pour rien. Ce type venait de l'un des services de communication de l'ONU. Avant cela, il travaillait pour les services secrets anglais... Il avait dû y apprendre quelques secrets qui lui avaient permis, depuis, de sauver la carrière d'un politicien accusé par les tabloïds d'entretenir de multiples liaisons hors mariage. Il était même parvenu à retourner l'opinion publique en sa faveur. Cela ne lui avait pas vraiment porté chance par la suite puisqu’on l’avait muté dans l’endroit le plus secret du monde.

            Point positif de toute cette histoire : il ne voyait pas Will négocier les coordonnées de sa planète natale, même pour sauver sa vie ou pour son amour de la recherche. Mais le connaissait-il vraiment ? Tout le temps où il avait travaillé à la base, quasiment sept ans, rien n’avait laissé présager qu’il prendrait la fuite au cours de son dernier voyage d’exploration. Will était quelqu'un de discret. Presque timide même. Il était toujours attentif aux autres, pas le genre à risquer leur vie, ou à se lancer dans une aventure sans en avoir étudié les tenants et les aboutissants.

            Son départ, sa fuite, Will avait dû s'y préparer durant des mois. Personne n'avait remarqué quoi que ce soit, pas même un changement d'habitudes ou de comportement. Rien. L'historien avait vraiment joué fin sur ce coup.

            Rien ne laissait supposer, non plus, qu’il y aurait aussi une fuite, que l’information serait sortie de son environnement, qu'elle remonterait jusqu’au Pentagone, à la NSA, puis à la Maison Blanche ou encore à l’Elysée. Elle avait pris les proportions qu'on lui connaissait aujourd'hui. Cela avait provoqué la seconde crise de l'AMSEVE. Un séisme plus puissant que le précédent.

            Pour le régler, il avait fallu négocier et au bout du compte, Will était maintenant accusé de collusion avec l’ennemi, et considéré comme un "traître à son espèce et à sa planète". Un nouveau chef d'accusation inventé rien que pour lui.

            Il avait reçu l’ordre du Général Jackson d’envoyer une équipe pour le capturer et le ramener sur la Terre. Ce qu’il avait fait une première fois. Résultat, il avait perdu un élément de l’équipe de sauvetage… Cette fille qui avait sauté dans le vide juste pour prouver qu'elle en était capable. Il détestait ce genre de tête brûlée. Il n’y avait plus qu’à espérer que la seconde tentative de récupération ne tourne pas au carnage.

            Son regard se posa sur le mur en face de lui, avec ses cinq écrans de télévision. Il soupira. Isolés du monde des vivants dans cet environnement désertique, les nouvelles  du monde extérieur atteignaient les civils et les militaires en poste sur le continent avec encore plus de force. À en croire les journalistes, le monde était au bord de sa destruction. La crise était encore loin d’être terminée. Cela faisait presque une décennie qu’elle durait. Les analystes économiques, les prospectivistes et d’autres oiseaux de mauvais augures, plus proches du charlatanisme que de la science annonçaient sa fin, ou au contraire son durcissement impitoyable. Ils ne cessaient d’en décrypter les signes.

            Même s'il se considérait privilégié, il était conscient que la misère et la pauvreté ne cessaient de faire des ravages partout dans le monde. Les plans sociaux étaient toujours plus nombreux et inefficaces, et le  chômage toujours en constante augmentation malgré les subterfuges employés par les divers gouvernements pour en cacher la véritable ampleur. Conséquences : les files d’attente dans les organismes sociaux ne cessaient de s’allonger, et les manifestations spontanées contre telle ou telle décision gouvernementale, mesure fiscale, sociale ou autre, de plus en plus nombreuses. Certaines se terminaient en laissant derrière elle un mauvais goût de chaos et d'anarchie.

            Plus on essayait de détourner l'attention de l'opinion publique sur des sujets comme un scandale politique ou financier, une manifestation sportive ou une commémoration, d'envergure nationale ou internationale, plus celle-ci revenait avec force et violence sur les sujets qui la touchaient vraiment. Trois gouvernements occidentaux en avaient fait les frais récemment. Le monde avait perdu ses illusions et les politiques, plus que jamais, n'avaient plus le droit à l'erreur.

            Enfin, il y avait aussi toutes ces catastrophes naturelles qui n’arrangeaient rien, comme cette alerte au Big One, sur la côte Ouest des États-Unis. Il ne fallait pas minimiser leur impact sur la vie des citoyens de chaque pays.

            En Europe, en Amérique du Nord, en Chine et en Russie, les services d’urgence étaient assaillis par des hommes, des femmes et des enfants, de tous les âges, de toutes les catégories sociales, de toutes  les orientations religieuses, politiques et sexuelles. Tous étaient atteints de brûles sévères. Dans ces mêmes pays, de nombreux incendies étaient à déplorer. D’après les journalistes, tout cela était dû aux températures caniculaires qui régnaient dans l’atmosphère nord. Lui, il avait une toute autre analyse de l’événement. Analyse qui, à moins d’une nouvelle fuite, ne tomberait certainement pas dans les oreilles des scribouillards. Depuis quelques semaines, les indicateurs de la base avaient repéré de minuscules trous dans la couche d’ozone. Suffisamment grands pour laisser passer quelques infimes rayons de soleil, quasiment sans le moindre filtre. Peu de personnes étaient au courant de cela. De nombreuses explications avaient été avancées par la poignée de scientifiques accrédités pour étudier le phénomène, mais aucune ne pouvait réellement l’expliquer.

            Ailleurs, dans l’hémisphère sud, certains endroits étaient devenus quasiment irrespirables, et comme le malheur des uns faisait le bonheur des autres, les ventes de masques à oxygène et de respirateurs artificiels, ou ceux dits "naturels", étaient en constante augmentation. D’après ce qu’il avait pu lire dans les journaux dits "spécialisés", les respirateurs naturels, à base de plantes ou de poudre, n’étaient rien de plus que des traitements d’arrière cuisine.

             À cela, il fallait ajouter d'autres types de crises.

            En Suède, deux hommes étaient morts d’une maladie inconnue. Sans symptômes apparents, ils avaient tout simplement cessé de respirer. L’un dans son sommeil, l’autre pendant son footing. Cinq autres, qui les avaient approchés avaient pu être sauvés in extremis, mais on avait dû le placer en coma artificiel et sous respirateur… Apparemment, cette maladie n’atteignait pas tout le monde, mais rien n’indiquait pourquoi elle touchait telle ou telle personne… Le pays tout entier s’était mis en quarantaine.

            Enfin, il y avait toujours une guerre, une révolution, un coup d’état, quelque part dans le monde, et des journalistes qui traitaient ces événements comme s’ils étaient uniques, alors qu’il n’y avait quasiment rien de nouveau sous le soleil depuis des milliers d’années. Pire, ils les traitaient comme s’ils étaient sensationnels… Certes, il n’aimait pas les journalistes. Peu de militaires les aimaient. Seuls, quelques photographes de terrain trouvaient grâce à leurs yeux. En ce qui le concernait, il y avait bien une ou deux journalistes qu’il pouvait apprécier, pourvu qu’elles soient plaisantes à regarder.

            Trois coups discrets frappés contre la porte fermée de son bureau le sortirent de ses pensées.

            — Entrez ! 

            Il avait fait de son mieux pour dynamiser sa voix.

            La porte s’ouvrit sur un homme plutôt grand, aux cheveux très courts, blonds, presque blancs. Il avait le front haut et des yeux très bleus sous des sourcils blonds quasiment invisibles. Il venait de passer le cap de la quarantaine et arrivait tout droit d’Angleterre. Cependant, il y avait fort à parier que sa présence en Antarctique ne soit pas un choix de carrière. Il portait un costume bleu marine, une chemise blanche, col desserré, départie de son habituelle cravate. Ce qui ne l’empêchait pas d’être toujours vêtu d’un de ces costumes hors de prix. À voir le soin et l'argent qu'il mettait dans ses tenues vestimentaires, il paraissait évident que ce type avait eu un boulot très bien payé avant d’arriver en Antarctique, ou bien il disposait d’une fortune personnelle conséquente.

            Il n’était à la base que depuis trois semaines à peine et avait un niveau d’accréditation presque équivalent au sien. Il avait même accès au C.E.T. Avec un pedigree comme le sien, il aurait pu s’attendre à une toute autre promotion. Sauf s'il avait été sciemment envoyé à la base pour jouer les espions. La question était : à la solde de qui ?

            — Justement, je pensais à vous, monsieur Wayllerand.

            Histoire de lui montrer qu’il n’était jamais loin de ses préoccupations.

            Même s’il ne pouvait s’empêcher d’avoir une petite lueur amusée dans le regard, il s’était efforcé de garder un visage et une attitude impassibles.

           Wayllerand ne sembla pas réagir à la remarque, mais une légère hésitation dans sa façon d’entrer dans le bureau lui confirma qu’elle avait atteint sa cible.

            Il ne parvenait pas à faire confiance à cet homme. Trop souriant et trop serviable à son goût quand il n’y avait aucune raison de l’être, et surtout quand cela ne devait pas faire partie de ses habitudes. S’il avait été présent au moment de la fuite concernant MacAsgaill, il aurait parié qu’il en était l’auteur. Heureusement pour lui, Wayllerand était arrivé une semaine plus tard avec son titre de "spécialiste en stratégie et gestion des risques". Ce qui signifiait en gros qu’il réglait les problèmes, et faisait le ménage ensuite. Et il l’avait fait plutôt bien. Si la crise avec les américains avait pu être réglée, c’était grâce à lui. Ses talents de négociateur avaient été au-delà de toutes les espérances. Cela ne le rendait pas plus sympathique à ses yeux.

            L’anglais interrompit à nouveau ses pensées.

            — L’équipe est sur place, commença-t-il. C’est Ethan Williams qui la dirige.

            C'était plutôt une bonne nouvelle. Le major Williams n’était pas du genre à s’en laisser compter. S’il trouvait la trace de MacAsgaill, et il la trouverait, il le ramènerait au port.

            Cela faisait un peu plus d'une décennie qu’Ethan Williams travaillait à la base. Il était arrivé à la même époque que Jenna. Il n’était pas sur la liste des potentiels voyageurs à l’époque. Il aurait même pu faire ses années de service sans avoir connaissance du C.E.T. Depuis, il avait renouvelé son contrat, deux fois, et il faisait du bon travail. Il avait mérité chacun de ses galons, et les cinq voyages qui s’offraient à lui, aujourd’hui, étaient comme une récompense. Quatre maintenant, car MacAsgaill venait de lui en faire gaspiller un. Ethan Williams ferait tout pour qu’il n’y en ait pas deux.

            — Aucun problème avec le C.E.T. ? demanda-t-il.

            C'était plus par acquis de conscience qu'il avait posé la question. En lui-même, le fonctionnement du C.E.T. n'avait jamais été remis en cause jusqu'à ce jour. Il avait même été amélioré. Le mastodonte se portait comme un charme.

            Néanmoins, il y avait quelque chose qui n'allait plus avec cette machine. Non seulement, elle ne permettait plus l'utilisation de certaines coordonnées, mais d’autres, calculées par les scientifiques de l'AMSEVE, aboutissaient toutes à des impasses.

Sans le C.E.T. jamais Jor POnyl n'aurait pu partir avec son butin, et Will n'aurait pas pu s'enfuir... Il n'aurait jamais laissé partir Kilani. Ses anciens coéquipiers seraient encore en vie... et lui, il n'aurait pas à lutter contre cette chose, ce cancer, qui avait déjà tenté de lui faire la peau deux fois, et récidivait aujourd’hui avec plus de virulence lui semblait-il. Il y avait des jours où il ne se sentait vraiment pas bien. Des jours où il n'avait envie de rien, où son corps lui semblait être un poids qu'il n'avait plus la force de porter... Bref, si cela n'avait tenu qu'à lui, ces derniers temps, il l'aurait volontiers rebaptisée SME : "Saloperie de Machine à Emmerdes" Et en français dans le texte !

            Mais il tenait le coup. Il le fallait. Il devait être fort. Pour sa famille...

            — Même si j’ai du mal à comprendre comment fonctionne cette… machine, il semble que tout se soit bien passé, répondit Wayllerand.

           — Bien, acquiesça-t-il satisfait. Pour le fonctionnement, rassurez-vous, rares sont ceux qui le comprennent. Le seul qui le connaissait parfaitement a préféré l’effacer de sa mémoire. Ça et tout ce qui faisait de lui un génie. Si vous tenez vraiment à en savoir plus sur cette machine, allez donc voir le colonel Heaven.  

            Ciaran Wayllerand eut un sourire crispé.

            Exactement la réaction qu’il attendait. Il aurait très bien pu le lui expliquer lui-même. C’était sans doute ce qu’attendait l’anglais.

            Il connaissait aussi l’animosité de Wayllerand à l’égard de Matthew Heaven, et celle-ci était réciproque. Matthew n'était pourtant pas connu, à la base, pour ses inimitiés. Pas non plus pour sa passion pour la physique quantique, mais depuis qu'il avait découvert des traces d'ADN extraterrestre sur les parois internes du CET et sur les combinaisons des explorateurs sans que ceux-ci aient été en contact avec une créature extraterrestre, il s'était mis dans l'idée qu'Amber Hole pouvait être une créature vivante, ou que les tunnels contenaient ou transportaient, à travers l'univers, des éléments propres à la vie.

            Le spécialiste en stratégie et gestion des risques ne laissait personne indifférent. Même Rubbie-Pepper... Dans le sens inverse, malheureusement. Elle ne cachait pas son affection prononcée à son égard. Par habitude professionnelle, Wayllerand gardait ses distances avec tout le monde, mais il lui semblait qu'il prenait un soin tout particulier à éviter la jeune femme.

            — Si MacAsgaill est encore sur cette planète, l’équipe de "sauvetage" devrait rapidement mettre la main dessus, assura Wayllerand. Son émetteur devrait les conduire jusqu’à lui.

           Depuis que Jor avait volé les documents, et disparu avec, de même que Kilani, tous les membres des équipes d’exploration et de sauvetage avaient une puce GPS dans le corps… à leur insu. Il n’aimait pas le fait de les tromper. Ce n’était pas dans sa façon de faire, habituellement, mais si cela pouvait leur sauver la vie, ou le garder à la tête du projet…

            Il fit mine de consulter les documents qu’il avait sous les yeux. Il les connaissait par cœur.

           — Si nos renseignements sont exacts, finit-il par dire, après un long moment de silence, les habitants de ce monde ne bénéficient pas d’une technologie leur permettant de quitter leur planète. Disons qu’elle est équivalente à celle d’une population de l’âge de bronze. Donc, il doit forcément se trouver sur cette planète.

            Les mains jointes en prière devant son visage, il observait l’anglais. Il ne lui avait pas demandé de s’asseoir et ne le ferait certainement pas. Wayllerand attendait debout, les mains en appuis sur le dossier de la chaise qui se trouvait devant lui.

            Le silence s’éternisa encore un moment avant qu’il se décide à prendre de nouveau la parole :

            — Je ne suis pas très à l’aise avec ce que vous avez fait à propos de Marcie Watts, Monsieur Wayllerand. Cette femme avait des parents, peut-être des frères et sœurs… ou des enfants, un mari… Sûrement des amis.

            Ciaran Wayllerand le regarda droit dans les yeux. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres fines.

            — Je me suis renseigné à son sujet. Elle n’avait pas de parents proches et très peu d’amis. En tous les cas, personne ne se pose la question de savoir où elle se trouve aujourd’hui.

             — Je n’aime pas votre désinvolture.

            — Désolé. Je respecte votre attitude. Mais nous ne pouvons plus nous permettre d'avoir des scrupules. Cette solution est sans aucun doute la mieux adaptée à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. En dehors de ses équipiers sur le terrain, et de quelques personnes dans cette base, dont vous et moi, personne ne sait qu’un nouvel incident a eu lieu. C’est tout ce qui importe pour votre maintien à la tête du projet.

            Il avait senti la colère monter brusquement en lui. Il la maîtrisa aussitôt. Il se garda bien de montrer les émotions qui l'agitaient.

            Sans hausser le ton, il répéta : 

            — Mon maintien ? 

            — Comme je vous l’ai dit, je respecte votre attitude… et la façon dont vous menez le projet. Seulement, il ne s’agit pas seulement de vous. Personne ne souhaite voir un homme comme le Général Jameson prendre votre place. Ni les gens qui travaillent dans cette base, ni ceux qui financent et soutiennent le projet.

            Sur ce point, il n’avait pas tort. 

            — Vous devriez arrêter de me lécher les bottes, suggéra-t-il, vaguement adouci. À la longue on finit par avoir mauvaise haleine.

            Il ne pouvait pas s'en empêcher. Pourtant, ce fut dans les yeux de Wayllerand que passa une lueur ironique. Était-ce une façon de lui dire que ce n’était pas dans son style de lécher des pompes, sauf pour obtenir quelque chose ?

            Il décida que la joute était terminée. Enfin, plus ou moins.

            — J’imagine que vous souhaitiez aussi me parler de la petite fête ? Sachez que ma décision est définitive. Si les américains, les chinois, les russes ou les européens veulent s’assurer du bon fonctionnement du projet, autant que ces gens soient des proches de nos membres du personnel, et qu'ils se plient à nos consignes.

            — Vous avez raison, j’en conviens, admit l’anglais. Cependant, aussi proches soient-ils de nos scientifiques, ne croyez pas qu’ils soient acquis à notre cause. D’un autre côté, si des spécialistes se déplacent jusqu’ici sans raison apparente, cela risque d’intriguer certains journalistes, ou n’importe quel théoricien du complot. Le monde n’est plus aussi grand qu’il en a l’air, et tout fini par se savoir. Il faut que cela ressemble à une véritable fête d’anniversaire, et à une cérémonie destinée à rendre hommage à tous ceux qui ont travaillé dans cette base… ou dans la région. Pour cela, j’ai dû élargir la liste.

            Il allait protester, puis se ravisa :

            — Combien d’invités ? demanda-t-il.

          — Une centaine. Mais seule une trentaine viendra des autres continents. Les autres invités viendront des bases environnantes. Ils arriveront probablement le jour même et repartiront après la cérémonie.

            Il aurait presque poussé un soupir de soulagement. Au moins, avec ceux-là, il n'aurait pas à craindre qu'il se "perdent" dans la base en cherchant les toilettes, ou jouent les "somnambules curieux" en pleine nuit.

            Wayllerand poursuivit :

            — Seuls trois ou quatre invités auront le droit d’accéder au C.E.T.

            — Ça, ça ne me plaît pas beaucoup. Pas du tout même.

            — Nous y sommes obligés. Cela faisait partie de la négociation.

            — Vous savez qui a été désigné ?

            — Art Risonner, de la NSA et Carl Bowman représentant du gouvernement Canadien. Les russes et les chinois n’ont encore annoncé personne.

            Il connaissait Art Risonner. C’était un type droit, et surtout un grand ami de Jenna. Carl Bowman était d’un autre genre. Le genre tatillon. Néanmoins, les canadiens étaient sujets de la reine d’Angleterre, donc des alliés de l'ONU et de l'ATIDC.

            Un bref instant, le visage du Général exprima l’épuisement, puis il hocha la tête en signe d’assentiment.

            — Les autres n’en verront pas plus que la majorité des personnes qui travaillent ici en permanence. Je pense qu’ils seront suffisamment occupés pour ne pas se poser de questions. L’anniversaire de la base est un bon motif pour rendre hommage à tous ceux qui y ont travaillé... et à ceux qui y sont morts. Ce continent est sûrement le plus beau de la planète, mais aussi le plus dangereux.

            — Voilà une phrase que je mettrai dans mon discours, bien que je ne sois pas certain qu’il soit vraiment le plus beau de la planète… En tous les cas, vous en parlez comme si le crachin et le fog anglais ne vous manquaient pas. Félicitations.

            — Que ne donnerais-je pas pour un vrai thé anglais, soupira Wayllerand d'une voix à peine audible. 

            Il se reprit aussitôt :

            — La jeune femme… Marcie Watts… Ce sera l’occasion de lui rendre hommage, si vous le souhaitez.

            Le Général ne se sentit pas particulièrement touché par la sollicitude de l’anglais. Celle-ci ne lui paraissait pas sincère. Un homme comme lui avait côtoyé la mort plus d’une fois. Il l’avait sans doute aussi provoquée, et avait sûrement fait disparaître la moindre trace de ses victimes. Décidément, il n’arriverait jamais à l’apprécier, il en était certain.

            — Vous savez, Général, il n’y a pas de fête sans buffet.

            Évidemment !

            — Je demanderai au chef d’organiser un délicieux repas, assura-t-il. Après tout, quand on sait pour qui elle a fait la cuisine, cela devrait satisfaire tout le monde.

            — Sauf votre respect, elle n’acceptera jamais de de préparer un repas de fête sans aide, et il ne faudra pas compter sur elle pour faire le service.

            Un fait. Il connaissait le caractère de la dame pour l’avoir fréquentée un temps, quelques mois après son divorce. Un sacré caractère. Elle avait une opinion sur tout, et celle-ci était généralement très juste. Elle était d’une grande finesse d’esprit, et avait beaucoup d’humour. Un humour très français. Mais dès que l’on touchait à sa cuisine, elle se transformait en véritable démon caractériel. Un démon capable de provoquer un incident diplomatique en période de stress.

            — Bien. Faites ce qu’il faut pour lui accorder l’aide dont elle aura besoin. Accordez-lui tout ce qu’elle demande.

            Il se réjouissait d’avance des petits et grands tracas qu’elle ferait subir à l’anglais. Sa spécialisation en stratégie et gestion des risques lui serait fort utile.

 

 

 



09/09/2013
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