Ihriae-Au fil de l'eau...

Ihriae-Au fil de l'eau...

PART. I - Chapitre 07

- Chapitre 07 - 

 

 

XXIème siècle. 13 janvier.

            Ce brusque revirement n’échappa pas au marchand d’esclaves qui devina immédiatement tout le parti qu’il pouvait tirer de cette situation pour le moins inhabituelle. Son instinct de maquignon lui hurlait jusqu’au fond de ses oreilles que la fin de la journée serait plus que bonne. Son sourire sans dents s’élargit sur sa face batracienne jusqu’à chacune de ses ouïes.

            Au lieu de s’arrêter devant l’estrade, l'humanoïde en fit le tour et grimpa les marches en deux bonds. Contraignant son prisonnier à le suivre dans le même élan. Puis il se dirigea vers le marchand batracien qui se leva vivement de sa chaise et tenta vainement de s'en servir comme un bouclier entre lui et cet humanoïde à l'allure peu engageante pour les créatures de son espèce. L’Étranger la lui ôta des mains. Ses quatre pieds de bois claquèrent sur le sol de l’estrade. Pourtant, il n’y avait ni violence, ni précipitation dans ses gestes. Il intima l'ordre à son prisonnier de s'y asseoir.

            — Si vous tentez de vous enfuir, mes gardes vous rattraperont aussitôt ! le prévint-il à mi-voix.

            Le ton était sans appel. Elle était suffisamment près pour l’entendre, le comprendre. Et aussi curieux que cela pouvait le paraître, ils parlaient une langue qu’elle connaissait : la sienne.

            Son prisonnier comprit la menace sous-jacente. Il ne bougeait pas et regardait autour de lui conscient de la curiosité d’une trentaine d’individus tous plus étranges les uns que les autres pour l’humain qu’il était. Il ne doutait pas des paroles qu'il venait d'entendre, mais plus qu'à rechercher l’escorte de son cerbère, il songeait à ses cartes…

            Elle frissonna. Elle avait l’impression que sa faculté à lire dans les esprits lui échappait. Elle y entrait avant même d'y songer. Elle oubliait tout ce qui l’entourait. Cela pouvait être dangereux. Elle devait rester sur ses gardes.

            Elle fit un effort pour reporter son attention sur l’Étranger. Il avait parlé avec un accent qu’elle ne parvenait pas à définir. D’un autre côté, elle n’avait pas une très grande expérience des accents extraterrestres. Sa voix était profonde, comme si elle venait du fond de sa cage thoracique. Si elle avait été douée de parole, une pierre tombale se serait sûrement exprimée avec une tonalité assez semblable.

            Tranquillement, il vint vers elle. Il s’approcha si près qu’elle sentit son souffle. Il tourna, prenant tout son temps pour la détailler des pieds à la tête. Il avait une drôle de façon de la regarder. Elle se sentait de moins en moins à son aise. Il le savait.

            Il s’interrogeait à son sujet sans se douter de quoi que ce soit. Son regard semblait se moquer d’elle.

            —  Dites, on n’est plus sur la Terre, n’est-ce pas ? se risqua-t-elle à lui demander, histoire d'établir un contact.

           Elle avait parlé dans la langue qu’il avait utilisée avec le scientifique. Maintenant, il ne pouvait plus avoir le moindre doute sur ses origines. S’il en fut surpris, il ne le montra pas. Il sembla seulement trouver la question amusante ou bizarre, car un semblant de sourire étira ses lèvres, mais rien de plus.

Sans répondre à sa question, il se détourna d’elle, et rejoignit le marchand d’esclaves. Ils discutèrent à voix basse.

            Elle faillit sursauter lorsque Belle Gueule II apparut à côté d’elle et la saisit par le bras, sans brutalité. Elle sentit la froideur de sa peau. Ce type n'avait pas seulement un physique vaguement apparenté à un reptile...

             Il la conduisit auprès du scientifique de l'AMSEVE.

            À son tour, Belle Gueule I monta sur l’estrade un billot sous le bras. Il le posa à côté de MacAsgaill qui, surpris, s’était levé et écarté promptement. Pas assez vite cependant pour empêcher l’étrange créature de détendre ses longs et larges bras à la peau bleu-vert s’achevant par trois longs doigts, lesquels s’enroulant autour de son cou. BGI le força ainsi à se rasseoir, et, certain qu'il ne bougerait plus de sa place, il le libéra.

            Le scientifique se frottait la gorge lorsqu’elle s’assit sur le billot. Oubliant ce qu’il venait de subir durant quelques instants, il sembla soulagé d’avoir une compagnie humaine.

            D'autant qu’ils allaient sûrement devoir rester assis côte à côte pendant un long moment. Surtout si le troisième intervenant était bien décidé à jouer les trouble-fêtes. Elle s’étonnait qu’il ne se soit pas encore montré. D’après la réaction de sa "cible", il ne faisait pas partie de son cercle d’amis.

            Le scientifique se pencha vers elle :

            —  Vous ne savez vraiment pas où vous vous trouvez ? chuchota-t-il.

            Elle répondit de la même manière :

            —  Je vous le confirme. Et vous ? Vous n’avez pas l’air d’être du coin non plus.

            — Pas vraiment. 

            — Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que votre situation n’est guère plus enviable que la mienne.

            — C’est rien de le dire, soupira-t-il.

            D’un mouvement de tête, elle désigna "l'Étranger".

            — Et lui, c’est qui ? 

            — Baal, un drægan.

            — Un quoi ?

            — Un extraterrestre. 

            Il se rendit compte de l’évidence énoncée.

          — Désolé… Cela fait un moment que je suis sur cette planète… En réalité, c'est plutôt nous les extraterrestres... Enfin, les extrafeloniacoupiens. En même temps, vu votre prestation, je pensais que vous saviez à qui vous aviez affaire.

            — Le moins du monde. Extra quoi ?

           — Ses habitants appellent cette planète Feloniacoupia... Cette planète ou bien le continent sur lequel nous nous trouvons, à moins que ce ne soit la région. Ils ne sont pas très clairs avec les appellations de lieux. Ils n'ont pas l'air d'y attacher une grande importance. Leurs cartes géographiques sont très sommaires.

            Elle hocha la tête.

            — Ça va être pratique lorsqu'ils inventeront le GPS, ironisa-t-elle.

            Elle reporta son attention sur le drægan" :

            — Donc, c'est ça un drægan ? demanda-t-elle à mi-voix.

           Elle plissa les yeux en l'observant, cherchant ce qui le différenciait des êtres humains comme elle, MacAsgaill et tous ceux qu'elle avait l'habitude de côtoyer.

            Le scientifique de l'AMSEVE poursuivit :

            D’après ce que j’ai pu apprendre à son sujet, il est considéré comme une légende, mais aussi comme mort…

            Ainsi, La Mort lui courait après... Voilà qui ne l'étonnait guère.

            —  Il me semble pourtant bien vivant…

           — Ce qui laisserait supposer qu'on ne peut pas le tuer... ou qu'il ressuscite à chaque fois que quelqu'un y parvient. Bref : qu’il est immortel. Mais les drægans ne sont pas immortels, même s’ils peuvent vivre des milliers d’années. Par contre, j’ai entendu dire qu’ils maîtrisaient certaines technologies comme le clonage.

            — J’imagine que c’est possible pour une espèce qui a tout son temps pour inventer ce dont elle a besoin, ironisa-t-elle. À propos de temps... il ne le ferait pas durer un peu ? 

            Sans relever sa question, le scientifique poursuivait sa réflexion :

            — C’est très pratique pour faire croire à sa mort et disparaître pendant un temps. 

            Cela posait surtout un nouveau problème... 

            — Si c'est bien le cas, êtes-vous certain que celui-ci soit l’original et non… une copie ? 

            Il eut un sourire triste avant de répondre.

            — Si vous avez un moyen de le savoir…

            — Son immortalité n’est peut-être rien de plus qu’une légende.

            — Ce n’est pas l’avis de l’une de mes amies… D'après elle, les drægans sont parmi ce qu'il y a de pire dans l'univers. Les mots pacifisme, altruisme et leurs dérivés ne figurent pas dans leur langue. Ça en dit long sur leur civilisation. Mon amie en sait long au sujet des drægans. Elle les pourchasse depuis longtemps… Avant d’entrer à l’AMSEVE, Baal était déjà sa baleine blanche. Sa tête était mise à prix… Elle doit toujours l’être, d’ailleurs. Elle était persuadée l’avoir tué... au moins quatre fois. Mais, à chaque fois, il ne lui fallait pas attendre longtemps pour qu'il refasse parler de lui.

            — Votre amie était chasseuse de primes ?

            — C’est ce que j’ai toujours supposé.

            — Si elle pourchassait un extraterrestre, j’imagine qu’elle l’était aussi.

            — À la voir, vous n’en douteriez pas un seul instant.

            Elle prit l’air dubitatif qui convenait à la situation.

            — Dites, la baleine blanche de votre amie, elle a un autre nom ?

            — Pourquoi aurait-il un autre nom ? 

            — Pour rien. Enfin si... C'est bizarre comme nom. On ne sait même pas si un nom ou un prénom, ou alors un pseudonyme... ou même un titre. 

           Elle avait parlé un peu plus fort. Elle s'en rendit compte lorsque le marchand d'esclaves cracha quelques mots à leur intention. Sans doute leur intimait-il l’ordre de se taire.

            Belle Gueule I qui attendait à ses côtés fit un pas dans leur direction. Baal l’arrêta d’un geste de la main, tout en échangeant encore quelques mots à voix basse avec le marchand d'esclaves. À un moment, celui-ci jeta des regards méfiants à la foule, puis au courtier.

Pour éviter de se retrouver trop étroitement liée à l’affaire, la créature au long cou comptait et recomptait les mises des acheteurs précédents avec la plus grande attention comme si la scène qui se jouait, près de lui, lui était totalement étrangère.

            Comprenant qu’il n’obtiendrait aucun soutien de ce côté-là, le marchand s’efforça de faire bonne figure et éclata de rire. Cependant, même un extraterrestre pouvait avoir un rire, ou ce qui y ressemblait, sonnant faux. Quelques individus ressentirent le risque d’être mêlés à un conflit qui ne les concernait pas. Ils quittèrent rapidement la place.

            Le drægan lâcha trois mots d'une voix forte et claire.

           Le marchand roula des yeux et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais une petite voix dans sa tête lui souffla un truc du genre : « La chance, c’est comme la foudre, il y a peu de chance qu’elle tombe deux fois au même endroit ». Il se pinça les lèvres, et se recomposa un air impassible. Puis il répéta au public les trois mots avec lenteur, déglutissant entre chacun d'eux, comme s'ils sortaient malgré lui de sa large bouche.

            Une onde de stupeur parcourut le petit groupe de créatures qui se trouvaient encore devant l’estrade. Quelques-unes se regardèrent avec incrédulité. D’autres reportèrent leur attention sur l’humaine à côté du militaire. Ils se demandaient ce qui provoquait l’intérêt du drægan.

            Elle chercha l'homme triste, le seul autre humain de l'assemblée, à moins qu'il ne soit lui aussi un drægan. Elle ne le vit plus. 

Sortie de nulle part, la voix aux intonations pointues aboya de nouveau. Quatre syllabes cette fois. Dans la foule, une créature tomba à la renverse, tandis qu’une rumeur faisait converger vers la place du marché aux esclaves, des curieux plus téméraires que les autres.

            Baal affichait un sourire tranquille, mais faux, estima-t-elle.

            Il discuta de nouveau avec le marchand d’esclaves.

            Le militaire regardait autour de lui. La peur avait fait place à la curiosité. Il était intrigué par cet enchérisseur qui ne se montrait pas et il craignait que les choses tournent mal.

            L’écossais reporta de nouveau son attention sur sa compagne.

            — Je m’appelle William MacAsgaill. Je suis exoarchéologue. Je sais, ce n’est pas courant, lâcha-t-il d'une traite.

            Lui dire qu'elle savait très bien qui il était n'était pas encore la chose à faire. Il finirait bien par le deviner ou, au moins, le supposer lorsqu'ils auraient fait un peu plus connaissance.

            — Esmelia Danatess-Evihelia…

            — Ça non plus, ce n'est pas courant, mais c'est un joli nom... Votre prénom aussi... Comment êtes-vous arrivée ici ? 

            Il avait une voix douce et apaisante, malgré les circonstances.

            Elle lui répondit franchement. 

            — J’ai saisi l'occasion qui s'est présentée. 

            Voyant qu'il n’avait pas l’air convaincu, elle ajouta :

            — On peut aussi dire que je n’ai pas été très honnête avec ceux qui m’ont employée. 

            Il l’observa un instant avant de secouer la tête.

            — Je vois... J’ai aussi faussé compagnie à mes collègues et amis... Pour l'amour de la science et de la découverte. 

            — Ça valait le coup ?

            Il éluda la question par une autre :

            — Et vous, c'était pour la bonne cause ? 

            Elle s'efforça de sourire :

            — Sauver le monde, évidemment. Mais pas toute seule... 

            Il pensait qu'elle plaisantait et s'attendait à ce qu’elle en dise plus. Elle n’ajouta rien. Comment pourrait-elle lui expliquer qu’elle était le dernier maillon de plusieurs générations de femmes à la recherche du seul être capable de sauver l’univers d’une destruction annoncée depuis l’aube des temps, et qu’elle devait mettre la main dessus avant d’autres, et très vite, maintenant. Cela paraissait énorme, et très cliché. Il y avait sûrement des explications moins vraies, mais beaucoup plus crédibles que celle-ci. Sans compter que sa situation actuelle ne donnait pas l’impression qu’elle puisse mettre la main sur qui que ce soit. Encore moins sur un dieu de la guerre. 

            Mais il fallait bien ça pour contrer la menace.

            Elle reporta à nouveau son regard sur le drægan.

            — Qu'a-t-il fait pour que sa tête soit mise à prix ?

           — D'après mon amie, rien de moins que l'extermination de quelques milliards d'êtres vivants. Pour être plus exact : il a annihilé deux planètes de type terrestre... sans compter les flottes spatiales qui étaient venues les défendre. Il a aussi assassiné plusieurs drægans influents pour une raison ou pour une autre... mais surtout pour le pouvoir. Cela n'a rien d'inhabituel dans la société drægan, au contraire. Ce serait même assez encouragé... Ce qui tendrait à dire qu'il appartient à une grande maison, ou à une famille proche du pouvoir... Un truc dans le genre.

            — A-t-on la preuve de ses exactions ?

            — La parole de mon amie me suffit... même si j'ai toujours eu l'impression qu'elle avait un compte personnel à régler avec lui.

            — Vous accordez beaucoup de confiance à votre amie.

            — Nous n'étions pas dans la même équipe... mais comme elle, ses équipiers étaient aussi mes amis. J'espère qu'ils le sont toujours... Elle leur a sauvé la vie, une fois. Alors ça me suffit ma gratitude... et ma confiance.

            Il ajouta, après un court moment de silence :

            — Et puis, si sa tête de Baal est mise à prix, ce n'est pas pour rien.

            — Vous pensez vraiment qu'un type qui a quelques milliards de morts à son actif ne vous aurait pas assassiné pour prendre ce qu'il cherche.

            — Au beau milieu d'une foule ?

            — Je ne vois pas ce qui l'en empêcherait. Qui plus est, il a des gardes qui le protègent. 

          De toute évidence, il n'avait pas vu les choses sous cet angle. Cela ouvrait de nouvelles perspectives. Certaines plutôt bonnes. D'autres carrément mauvaises.

            — J'ignore ce qu'il recherche...

            — Vous le savez très bien. Et vous l'avez deviné dès l'instant où il vous a mis la main dessus. 

            Il se garda bien de prétendre le contraire.

            — Pour ses gardes, comme vous dites, ça reste à prouver.

            — Je ne m'y risquerai pas, personnellement.

            Elle ramena une de ses jambes sur l'autre. On lui avait fourni des chaussures inadéquates pour courir. Elle se demandait comment elle avait pu marcher avec tant les talons lui semblaient bizarres.

            — Ce qui m'intéresse, ajouta-t-elle, c'est de savoir s'il peut nous ramener sur la Terre.

           — Je pense qu'il le pourrait, mais ce n’est pas dans ses intentions. Et puis, je ne suis pas certain que sa présence sur la Terre soit une bonne chose. Même si vous... même si on lui accorde le bénéfice du doute, il traîne pas mal d'ennemis dans son sillage...

            — C'est certain. Les voir débarquer sur la Terre, ça ferait désordre.

            — Cela dit, ils pourraient bien être surpris par l'accueil.

         — Cela n'a pas empêché votre ami drægan d'y avoir quand même ses entrées parce que pour un extraterrestre, il parle plutôt bien les langues terrestres... Enfin, au moins une.

            — Ce n'est pas mon ami. 

            Dans le temps présent...

            Elle frissonna.

            — Ça va ? 

            Elle sursauta légèrement lorsqu'elle sentit la main de MacAsgaill se poser sur la sienne. Il semblait sincèrement inquiet.

            — Oui, je crois... Désolée, j'étais ailleurs. 

            — C'est le moins qu'on puisse dire. Pendant quelques secondes, vous étiez vraiment aux abonnés absents. Vous aviez même cessé de respirer...

            — Cela arrive de plus en plus souvent depuis mon passage par le CET.

            Il se  raidit. Un pli d'inquiétude apparut sur son front.

            — Alors c'est l'AMSEVE qui vous envoie ? Équipe de récupération ou d'exploration ? J'imagine que c'est la première plutôt que la seconde...

            — Récupération, admit-elle.

            — Moi ? 

            Elle acquiesça.

            — Ils ne vont pas me lâcher, soupira-t-il.

            Elle confirma :

            — Ils veulent vous ramener sur la Terre, et ils trouveront le moyen de le faire. Mon équipe est rentrée sur la Terre... En partie, à cause de moi. Mais ils vont la renvoyer à votre recherche. Elle ou une autre.

            — Les voyages avec le CET sont limités... Pas en eux-mêmes, mais pour l'être humain. Notre organisme supporte mal le transfert de molécules.

            — Je ne suis pas certaine que la santé des troufions soit une priorité, même pour eux, et l'AMSEVE peut engager autant d'hommes ou d'équipes qu'elle en a besoin.

            — Le général Doherty ne ferait pas prendre de risques inutiles à ses hommes, objecta-t-il.

           — Le général est non seulement proche de la retraite, mais tout le monde n'apprécie pas de le savoir à la direction de l'AMSEVE. Vous le savez aussi bien que moi. Dès l'instant où il baissera sa garde... 

            Elle pensait aux paroles de l'informateur de Kolya. L'AMSEVE était aux commandes d'un projet si révolutionnaire, si novateur. Les retombées directes et indirectes changeraient sans aucun doute le monde de demain. Tout cela ne manquait pas d'attiser les convoitises.

            Elle se rendit compte que MacAsgaill l'observait.

            — Vous êtes certaine...

            — Je vais biens, le devança-t-elle en se massant les tempes. Mais c'est long. Je me demande ce qu'ils peuvent bien se raconter tous les deux. 

            — Ici, tout est sujet à négociation.

            Elle avait un mal de tête épouvantable...

            — On va s'en sortir d'une manière ou d'une autre, tenta-t-il de la rassurer.

            — Je ne m'inquiète pas, répondit-elle sans quitter des yeux le drægan qui n'en finissait vraiment pas de discuter avec le marchand-batracien.

            Elle ajouta plus pour elle-même que pour son compagnon :

           — Plus maintenant. Les choses se mettent en place, c'est inéluctable, et tant mieux parce que dans le cas contraire, cela va s'aggraver à un point que vous ne pouvez pas imaginer.

            — Comment ça s'aggraver ? 

            Il ne cherchait plus à cacher son inquiétude.

            — Quoi ?

            — Vous avez dit que notre situation ne ferait qu'empirer.

            — J'ai dit ça ? Désolée... Ce n'est pas mon genre d'être défaitiste, habituellement. Vous avez une idée de la manière dont nous pourrions partir d'ici ? »

            Il mit un moment avant de répondre. Il regarda Baal qui semblait en avoir enfin terminé avec le marchand d'esclaves.

           — Moi non, mais lui... peut-être, si vous arrivez à le convaincre. Mais comme je vous l'ai dit, je doute qu'il accède à notre demande. Il ne nous connaît pas... Pourquoi nous aiderait-il ? J'espère seulement survivre un jour de plus.

            — C'est clair, ce n'est pas moi la défaitiste.

            Le marchand s’éloigna de Baal et s'approcha du bord de l'estrade. Faisant face à une foule quasi-silencieuse, il balbutia quelques mots qui semblèrent hésitants, et recula aussitôt.

            Il y eut alors un mouvement de foule. Comme sortis du néant, apparurent deux hommes et une femme. Tous les trois étaient de type humain, et leurs yeux en amande, leur teint d'albâtre, et leurs cheveux noir d'encre démontraient une ascendance asiatique. Ce que tendaient à prouver les kimonos qu'ils portaient, et cela aussi curieux que cela puisse le paraître si loin de la Terre.

            — Je parie que ces trois-là sont aussi des drægans, pressentit-elle juste assez fort pour que, seul, son voisin l’entende.

            Le regard du scientifique ne cessait de faire des allers-retours entre le trio et Baal.

            — Je le parierai aussi. On dirait qu'ils sont prêts à en découdre avec... notre ami, remarqua-t-il.

            — Vous avez changé d'avis à son sujet ? 

            — Quitte à choisir, mon instinct me dit qu'il vaut mieux parier sur lui plutôt que sur eux.

            Elle reporta son attention sur les membres du trio.

            Ils étaient d'une beauté époustouflante et paraissaient très jeunes. Trop jeunes pour se frotter à quelqu'un comme Baal qui, en plus d'avoir au moins le double de leur âge, avait l'expérience des conflits et des négociations. Le nombre était leur seul avantage apparent.

            Les deux hommes grimpèrent prestement sur l'estrade. Ils soulevèrent la jeune femme sans faire le moindre effort et la déposèrent avec la grâce d'un trio de danseurs ou d'acrobates. Elle marcha la première vers Baal. Ses pas étaient mesurés comme si elle les comptait mentalement. Elle était majestueuse et semblait sereine. Sa beauté était parfaitement inhumaine. De fait, Baal ne la quittait pas des yeux. Il admirait sa délicatesse, la perfection de ses traits et de sa mise, la précision de ses gestes, la lueur de défi dans son regard...

            Elle s'arrêta à cinq pas de lui, environ, et le salua d'un signe de la tête auquel il répondit par courtoisie. L’un de ses deux compagnons vint se placer entre elle et lui. Son visage, presque féminin, affichait une parfaite neutralité, les quelques mots qu'il prononça ne devaient rien avoir de poétique. Mais s'il en fut offusqué, Baal ne le montra pas. 

            Le marchand d’esclaves tenta alors de s’incruster mais un regard de Baal, et un sifflement du troisième membre du trio, le firent reculer. Il décida donc, pour sa sécurité, de rester à distance des quatre drægans.

            MacAsgaill observait les trois jeunes gens avec attention.

            — C'est elle qui les dirige. 

            Esmelia était d'accord avec lui sur ce point.

           Le drægan qui avait parlé à Baal était plus grand que les deux autres, et paraissait un peu plus âgé. Il avait néanmoins l'apparence d'un jeune homme aux traits fins, bien dessinés, sur un visage en longueur. Ses longs cheveux noirs étaient maintenus au sommet de sa tête et retombaient dans son dos. Ils cachaient partiellement une grande épée dans son fourreau maintenu dans son dos. Il était vêtu d'un kimono composé de plusieurs types d'étoffes, toutes dans les tons bleus.

            Apparemment, il devait être le plus expérimenté en matière de négociations, ou bien il se plaisait à le croire. Après s'être entretenu avec Baal, il fondit sur le marchand. Celui eut du mal à ne pas cacher la frayeur que lui inspirait ce jeune drægan, sans doute beaucoup trop vif et versatile à ses yeux. Ceux de son espèce ne devaient décidément pas être faits pour s'entendre avec des drægans.

            Le dernier membre du trio avait des traits plus épais que ses compagnons, un visage plus rond, plus enfantin, et des cheveux courts. Il ne semblait pas armé, mais il était difficile de le confirmer. Que pouvaient cacher les larges manches dans lesquelles il cachait ses mains et les plis nombreux de son kimono aux couleurs incendiaires ? Il était resté en retrait des deux autres, le regard aux aguets.

            En dehors de leur beauté, il n’y avait rien d’agréable chez ces deux hommes et cette femme. À force d'y regarder de plus près, même celle-ci finissait par donner l'impression d'être corrompue. Ces êtres étaient faits d'un marbre aussi parfait que glacial et impénétrable. Drægans comme Baal, ils n’avaient pourtant rien de commun avec ce dernier.

            La femme, elle, ressemblait à l'une de ces fragiles petites poupées au teint diaphane, presque translucide. Sa fragilité était accentuée par son kimono rose pâle qui l'enserrait comme un écrin parfaitement ajusté. Son visage, parfait ovale, était peu maquillé. Ses cheveux étaient ramassés en trois chignons. L’un, simple, au sommet de sa tête, était maintenu par une barrette de nacre rose. Les deux autres reposaient sur sa nuque et, de part et d’autre, de grosses perles blanches contrastaient avec le noir profond de sa chevelure comme les étoiles d’un ciel nocturne.

            Elle illuminait la scène. Tout, dans son attitude, laissait paraître une jeune femme douce et effacée, mais comme William MacAsgaill, Esmelia avait senti qu'il ne s'agissait que d'un atour bien arrangé. Elle était infiniment plus dangereuse que les deux autres réunis.

            Esmelia croisa son regard et y lut de la convoitise. Dans son esprit, ce que Baal possédait, ou désirait, elle souhaitait plus que tout le lui arracher. Elle le haïssait. C'était plus qu'un sentiment. C'était inscrit au plus profond d'elle-même... dans ses gènes. Pourquoi ? Que savait-elle de lui, de sa destinée ? Que savait-elle d'elle ? Rien. Pourtant, la colère grondait en elle.

            Esmelia sentit un froid glacial l'envahir. Elle ne pénétra pas plus loin dans l'esprit de la drægan. Celle-ci ne sentit rien de l'intrusion, néanmoins elle s'interrogeait sur elle et sur l'humain assis à ses côtés. Pourquoi Baal tenait-il particulièrement à eux ?

            Elle avait dû suivre leur manège depuis le début. Mais elle ne savait rien des cartes de MacAsgaill, apparemment. Pourtant, ses deux acolytes et elle avaient le même objectif que Baal. Ils voulaient mettre la main sur le terrien. Esmelia se demandait pourquoi ?

            Baal avait été plus rapide qu'eux. Ils tentaient maintenant de reprendre la main. Peut-être par un échange ? S'ils parvenaient à l'avoir elle, alors ils proposeraient un échange. Ce n'était pas très clair dans leur esprit. La raison leur dictait que la diplomatie était le meilleur moyen d'obtenir ce qu'ils désiraient. Mais leur haine de Baal était beaucoup plus forte que la raison. Quant à Baal, il était clair dans son esprit qu'il ne leur laisserait jamais les terriens. Elle en aurait presque sauté de joie. 

            — Ils ont l'air tellement humains.

           — Ils le sont, du moins en apparence, répondit MacAsgaill. En réalité, je n'en suis pas certain. Je ne crois pas que qui que ce soit ait essayé de le savoir... Qui cela intéresserait, à part nous...  

            Elle réfléchit un court instant, puis répondit avec un léger sourire :

          — À part les Humains eux-mêmes, je ne vois pas effectivement. Vous imaginez ? Cela représenterait la fin de la solitude de notre espèce... Non seulement l'humanité découvre qu'elle n'est pas la seule espèce pensante dans l'univers, mais en plus l'une de ces espèces lui ressemble comme deux gouttes d'eau.

           — Même deux gouttes d'eau peuvent donner l'impression d'être semblables et être très différentes l'une de l'autre. On dit, par exemple, que les drægans ont de très nombreux pouvoirs, notamment celui de prendre différentes apparences. 

Cela pouvait expliquer pourquoi elle n'avait pas remarqué le trio plus tôt.

            — Si c'est le cas pourquoi avoir choisi celle des humains. Ce n'est pas franchement la meilleure. En plus, elle n'a pas l'air d'être l'espèce la plus répandue dans cet univers. Vous en voyez beaucoup parmi cette foule ? À mon avis, il y a sûrement une bonne raison à cela.

            Will MacAsgaill haussa les épaules.

            — Je n'en sais rien. Ce qui est rare est cher, dit-on. Du coup, les autochtones considèrent les drægans comme des dieux, peut-être parce qu'ils ont une apparence humaine. J'ai trouvé des textes parlant d'eux. Je suis parvenu à en traduire quelques-uns. Il y est dit que les drægans ont dominé des galaxies entières... Qu'ils se sont battus entre eux... et que ces guerres intestines les ont conduits à leur quasi-extinction.

            — Une espèce quasiment éteinte, mais encore crainte... poursuivant son autodestruction. Et on a la chance d'en avoir quatre sous les yeux. 

            — Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est une chance, soupira-t-il résigné.

             Elle ne lui laissa pas le temps de s'apitoyer sur son sort.

            — Dites, si mes souvenirs en mythologie sont corrects, il y avait un dieu phénicien qui s'appelait Baal, est-ce que cela pourrait avoir un rapport avec lui ? demanda-t-elle en tendant le menton en direction du drægan.

            — C'est possible. Mon amie, lorsqu'elle était sur la Terre, a été très surprise de constater que nos dieux antiques portaient des noms drægans. Il peut y avoir plusieurs explications à cela. Toutes peuvent paraître plus folles les unes que les autres. Peut-être que nos dieux antiques avaient la possibilité d'accéder à d'autres galaxies, qu'ils y ont régné, et qu'il est de tradition dræganne de donner le nom d'un dieu aux nouveaux nés... Ou alors, à un moment ou à un autre, les drægans ont vécu sur la Terre... Peut-être l'avaient-ils conquise. Leur technologie avancée, leurs pouvoirs les ont probablement faits passer pour des dieux aux yeux des humains de l'antiquité.

            — Des dieux ? Cela pourrait se tenir. Ils sont plutôt beaux et dégagent une certaine puissance. Si, en plus, leur longévité surpasse de loin celle des humains...  

            William acquiesça.

            — J'avoue que j'aimerais bien les étudier : savoir s'ils nous ressemblent vraiment au-delà de leur apparence, si nous sommes apparentés, s'ils naissent humains, s'ils le deviennent grâce à leurs pouvoirs, ou à une manipulation génétique, ou si c'est seulement une sorte d'illusion qui nous les ferait voir tels que nous le souhaitons. Peut-être que leur enveloppe est une sorte de véhicule créé pour abriter un parasite intelligent vivant en parfaite symbiose avec son hôte.

            — C’est une hypothèse très courante… en science-fiction, fit-elle remarquer Je me suis toujours demandé comment un hôte … pouvait vivre en étant spectateur dans son propre corps...

            — Je suppose qu’il… que son âme finit par s’éteindre au bout d’un certain temps... À moins qu'il n'en ait pas, ou qu’elle soit dissociable du corps. Cela remettrait en cause tous nos fondamentaux... poserait des questions sur notre nature...

            — Vous n'en aviez jamais rencontré avant celui-ci, n'est-ce pas ? le coupa-t-elle.

            — Non, admit-il.

            — Je comprends mieux votre enthousiasme.

          — Jor... mon amie en a rencontré quelques-uns. Le plus ancien se nommait Amon Râ. Il aurait vécu plus de dix mille ans... Il aurait pu vivre encore quelques millénaires de plus s'il n'avait pas été atomisé avec son vaisseau. Devinez par qui ? On peut dire qu’il était décidé à en finir une bonne fois pour toutes avec son adversaire.

            — Atomisé ? Il faut vraiment qu'ils soient résistants pour en arriver à cette extrémité.

            C'était plutôt une bonne nouvelle...

           — Ou le résultat d'une bataille spatiale... que Râ a perdue. D'après ce que j'ai appris, certains drægans, comme Râ, étaient des souverains... plus que des dieux. Ils régnaient sur des planètes entières, peut-être même des galaxies. Ils avaient adapté à leurs besoins, ou à leur nature, un système social qui se rapprocherait de celui qui était en cours en Italie durant la Renaissance. Associez les Médicis, les Borgias et les Tudors, et vous aurez une idée de ce que pouvait être la société dræganne.

            — S'ils ont quasiment disparu, ils ne doivent plus représenter un grand danger.

            — Ça, je n'en mettrai ni ma tête, ni ma main à couper. On n'entend plus parler d'eux. Cela ne veut pas dire qu'ils ont disparu définitivement.

            — Je comprends : les survivants peuvent s'avérer être plus dangereux.

            D'un petit mouvement du menton, il désigna Baal.

            — À ma connaissance, il est le dernier représentant d'une grande maison ou famille, encore existant.

            — À votre avis, quel âge a-t-il ?

            — Difficile à dire. Il pourrait avoir deux mille ans environ.

            — Un jeune homme, comparé à ses cousins égyptiens.

            — Et peut-être à d'autres plus anciens, répondit-il sans la moindre intention de faire de l'humour. 

            Elle ne put s’empêcher de pencher la tête pour l’observer à nouveau. Il le remarqua et leur tourna ostensiblement le dos. Il savait qu'il était leur sujet de conversation. Y prenait-il plaisir ? D'après le portrait peu flatteur que Will venait d'en dresser, ce n'était pas l'humilité qui étouffait l'espèce.

            — Un âge qui vous coûte plus cher en bougies qu’en gâteau, lâcha-t-elle avec un léger sourire.

            Baal se retourna vers eux. Avait-il entendu sa remarque ? Il avait l’ouïe fine. Elle croisa son regard et y vit une lueur moqueuse. Elle se sentit rougir, mais le soutint. Était-il vraiment coupable de tout ce dont on l'accusait ? Une question qu'elle s'était souvent posée lui revint à l'esprit : quel serait vraiment son rôle dans toute cette histoire ?

            Un sourire encore plus carnassier que les précédents se dessina sur les lèvres du drægan. Elle réprima néanmoins un frisson tandis qu’il  retournait à sa transaction. Elle ne craignait pas les monstres.

            — Bien conservé pour un vestige archéologique mais du genre à garder enfermé dans une chambre froide, en conclut-elle en se tournant vers William MacAsgaill.

            — Je ne vous contredirai pas là-dessus. 

          Son regard bleu se posa sur les quatre drægans qui discutaient vivement. Ils étaient en parfait désaccord. La force du nombre se transformait en faiblesse.

            — J'ignore jusqu’à quel âge peut vivre un drægan. Ils n'auraient pas que le clonage comme technologie. Ils auraient des connaissances scientifiques qui leur permettraient de mourir le plus tard possible... ou de guérir de blessures quasiment mortelles et de maladies qui le sont tout autant. Sur la Terre, beaucoup seraient prêts à prendre des risques pour posséder de telles technologies.

            Elle n'en doutait pas.

            — Il reste une solution : le voyage dans le temps, suggéra-t-elle. Imaginez que le CET permette de voyager plus vite que la lumière. Ainsi, votre amie tue le drægan à l'instant Y, mais revient à l'instant X, c'est à dire à un moment où elle ne l'a pas encore tué. Sauf qu'elle, elle se souvient l'avoir tué.

William MacAsgaill prit un temps de réflexion avant de répondre.

            — On a encore jamais vu ça avec le CET.

            — Parce que vous n'en êtes qu'au début de son exploitation. À l'AMSEVE, tout le monde sait que ses possibilités vont bien au-delà de ce pourquoi on l'utilise.

          — Pourrait aller, la reprit-il. Il a été bridé par les chercheurs de l'ATIDC. Les risques sont beaucoup trop grands. C'est pour cette raison que nous sommes tous soumis à un lourd protocole avant, pendant et après son utilisation, et que nous ne pouvons voyager avec que manière limitée.

            — Je sais : pas plus de cinq voyages par personne. Au-delà, le corps humain en subit les conséquences.

            L'écossais acquiesça, et pour la première fois, sembla se détendre. Il se força à sourire.

            — En l'état, le CET ne peut pas nous faire voyager plus vite que la lumière... Il se passe autre chose. Quoi ? Je ne saurais pas l'expliquer. Peut-être des raccourcis, des trous de ver... Mais remonter le temps, je ne crois pas que cela soit possible.

            — Peut-être que vous ne vous en êtes pas rendu compte.

            — Je devrais en être affecté… normalement. Pourquoi ne le suis-je pas ?

            — Peut-être que vous l’êtes mais que vous ne vous en rendez pas compte, insista-t-elle.

            La discussion entre les drægans cessa subitement. Le conflit persistait, mais l’un des asiatiques venait de trouver une solution pour y mettre fin. Il lâcha quelques mots secs au marchand d’esclaves qui le regarda avec des yeux ronds avant d’interroger Baal du regard. Celui-ci inclina brièvement la tête.

            Le marchand courba l’échine, un peu trop bas, en signe d’assentiment en direction des trois drægans.

            Baal revint vers William et elle. Il était visiblement mécontent de la tournure que prenaient les événements. Le regard qu’il posa brièvement sur eux était glacial. L’une des veines de son cou palpitait méchamment, et ses mâchoires étaient contractées. Son attitude était inquiétante. Craignait-il de perdre ? Elle comprit que le trio drægan avait choisi un mode d'enchères particulier. Lequel ? Elle l'ignorait. Le savoir ne lui permettait pas forcément de comprendre, et aller plus loin dans l’esprit de Baal serait risqué.

            L’un des hommes du marchand d'esclaves lui tendit une plaque de schiste et un morceau de craie. Baal les prit sans un mot. Il ne laissait plus rien paraître.

            Une plaque identique fut donnée au négociateur du trio.

            Alors que Baal inscrivait une série de signes sur son ardoise, les membres du trio se concertèrent à nouveau.

            Elle se demanda combien de temps cela allait encore prendre avant qu'ils se mettent d'accord.

 

 

 



20/06/2014
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